L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a indiqué dans un entretien accordé au média algérien en ligne « Tout sur l’Algérie » que l’objectif des autorités françaises est de faire repartir à la hausse le nombre de visas délivrés aux ressortissants algériens, pour revenir « probablement au niveau antérieur à la crise », soit environ 250 000 titres par an. Cette déclaration, survenue en pleine période de tensions bilatérales, a immédiatement enflammé le débat politique en France.

Les déclarations de l’ambassadeur

Interrogé sur la politique de délivrance de visas, Stéphane Romatet a expliqué que son souhait est de « faire en sorte que ce volume de visas que nous attribuons aux citoyens algériens qui ont toutes les bonnes raisons pour venir en France puisse redémarrer à la hausse ». Il a précisé que la cible est de revenir à environ 250 000 visas chaque année, un chiffre qui correspond à celui pratiqué avant la détérioration des relations bilatérales. Le diplomate a justifié cette approche en affirmant que, malgré la crise traversée avec Alger, l’ambition a été de « faire en sorte que la population n’en subisse pas les conséquences ».

Ce retour au volume d’avant-crise intervient alors que les relations entre Paris et Alger restent marquées par plusieurs contentieux, notamment l’emprisonnement depuis mai 2024 du journaliste français Christophe Gleizes. Les sources consultées relèvent que le sort de ce dernier n’a pas été évoqué au cours de l’entretien accordé par l’ambassadeur.

Une tempête politique en France

L’annonce de Stéphane Romatet a provoqué une onde de choc dans les rangs de l’opposition. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a vivement critiqué ce qu’il a qualifié de « capitulation du macronisme face au régime algérien ». Il a déploré que cette décision soit prise « malgré les provocations et la détention d’un journaliste français » et a promis, en cas de victoire aux urnes, de « faire respecter notre pays face à toutes les provocations et reprendre enfin le contrôle de notre politique migratoire ».

Le maire de Nice et président de l’Union des droites pour la République (UDR), Éric Ciotti, a pour sa part résumé son sentiment en trois termes : « Une capitulation. Une humiliation. Une trahison. » Le député RN des Bouches-du-Rhône, Franck Allisio, s’est interrogé publiquement : « Qu’attendons-nous pour établir un rapport de force avec la dictature algérienne ? », reprenant une formulation particulièrement ferme.

L’essayiste et analyste politique Mehdy Raïche a également réagi, estimant que « l’Algérie sait qu’elle peut tout obtenir et la France le lui offre ». L’historien Pierre Vermeren, dans une tribune, a jugé que le chef de l’État a « décidé de faire des concessions unilatérales face à un régime inflexible ». De son côté, le député européen François-Xavier Bellamy a partagé sur les réseaux sociaux un extrait de l’entretien, en soulignant que l’ambassadeur y évoque un mandat reçu d’Emmanuel Macron pour « réengager la relation » avec Alger.

Contexte d’une relation bilatérale sous tension

L’ambassadeur Stéphane Romatet, en poste à Alger depuis juillet 2023, a été rappelé à Paris durant un an en pleine crise diplomatique, avant de regagner la capitale algérienne en mai 2026. Haut fonctionnaire formé à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’École nationale d’administration (promotion Denis Diderot, 1986), il a notamment été ambassadeur en Australie de 2011 à 2014, puis en Égypte de 2017 à 2021.

Alors que le pouvoir exécutif français n’a pas officiellement confirmé la mise en œuvre concrète de ce relèvement du quota de visas, cette annonce faite par le représentant diplomatique à Alger intervient dans un climat où les relations franco-algériennes demeurent tendues, notamment en raison du dossier Christophe Gleizes.