Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a entamé ce lundi 20 juillet une visite d'État de trois jours en France. Il doit s'entretenir avec son homologue Emmanuel Macron de dossiers stratégiques, dont la transformation locale du manganèse et l'avenir du dispositif militaire français à Libreville. Ce déplacement, le second du chef d'État gabonais à Paris depuis son accession au pouvoir, intervient dans un contexte de vives préoccupations exprimées par des élus français.
Une visite au programme économique et militaire Arrivé au pouvoir à la suite du coup d'État du mois d'août 2023, Brice Oligui Nguema retrouve le président français pour la deuxième fois sur le sol hexagonal. Les discussions porteront en priorité sur le développement de la filière du manganèse, minerai dont le Gabon est l'un des principaux producteurs mondiaux. La transformation sur place de cette ressource figure parmi les objectifs affichés par Libreville. Par ailleurs, l'avenir de la base militaire française stationnée dans la capitale gabonaise sera abordé, alors que Paris réexamine l'architecture de son dispositif en Afrique centrale.
« Ce sera l'occasion pour les deux chefs d'État d'assurer le suivi des accords signés à Libreville au mois de novembre dernier, lors de la visite d'État du président français sur notre sol », a déclaré Théophane Nzame-Nze Biyoghe, porte-parole de la présidence gabonaise, en amont du déplacement.
Des critiques sur l'état des libertés Cette visite se déroule alors que plusieurs organisations et responsables politiques s'inquiètent de l'évolution du régime gabonais. Un collectif de députés écologistes français a notamment interpellé Emmanuel Macron, dénonçant une contradiction entre l'accueil honorifique réservé à Brice Oligui Nguema et les valeurs proclamées par la France. Ils relèvent que, depuis son arrivée au pouvoir, le président gabonais a procédé à la suspension des réseaux sociaux, à l'interdiction de manifestations et à l'arrestation de son principal opposant, Albert Ondo Ossa. Ces mesures sont perçues comme un durcissement autoritaire par plusieurs observateurs.
L'Élysée n'a pas officiellement réagi à ces critiques. La visite, marquée par un dîner d'État et des cérémonies officielles, se veut un signal de continuité dans la relation bilatérale entre la France et le Gabon, pays considéré comme un partenaire stable dans la région.
Une relation bilatérale sous pression Les relations entre Paris et Libreville ont connu des évolutions contrastées ces dernières années. Si la France a révisé son dispositif militaire au Sahel, elle maintient une présence notable au Gabon, avec environ 350 soldats stationnés à la base de Libreville. Les discussions autour de cette implantation pourraient aboutir à une réduction des effectifs ou à une redéfinition de leur mission.
Sur le plan économique, les échanges restent significatifs. La France importe du manganèse gabonais et plusieurs entreprises françaises sont actives dans le secteur minier. La transformation locale de cette ressource est une revendication ancienne des autorités gabonaises, qui cherchent à accroître la valeur ajoutée avant exportation.
Un agenda chargé jusqu'à mercredi Outre le tête-à-tête avec Emmanuel Macron, Brice Oligui Nguema doit rencontrer des responsables économiques et politiques français. Des accords commerciaux pourraient être signés, notamment dans les domaines des infrastructures et des industries extractives. La délégation gabonaise compte plusieurs ministres et conseillers économiques.
Cette visite, la deuxième en France pour le président gabonais depuis le putsch de 2023, illustre la volonté des deux pays de maintenir un dialogue de haut niveau malgré les tensions démocratiques. Elle intervient alors que la France est régulièrement critiquée pour sa politique africaine, accusée de privilégier des intérêts géopolitiques et économiques au détriment de la promotion des droits de l'homme.
Les résultats concrets de ces échanges devraient être connus à l'issue du séjour, mercredi 22 juillet.