Le président chinois Xi Jinping a achevé mardi 9 juin une visite exceptionnelle de deux jours à Pyongyang, la première en sept ans, au cours de laquelle il a célébré la « communauté de destins » entre les deux pays. Ce déplacement, qui intervient après des entretiens à Pékin avec Donald Trump puis Vladimir Poutine, vise à réaffirmer l’influence de la Chine sur son voisin nord-coréen, alors que celui-ci s’est rapproché de Moscou dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Un accueil fastueux pour un voyage hautement symbolique

Xi Jinping a été reçu en grande pompe dans la capitale nord-coréenne. Les deux dirigeants ont vanté des liens « unis par les rivières et les montagnes », selon les termes employés par le président chinois. Cette visite marque un retour en grâce de Kim Jong-un sur la scène diplomatique mondiale, après des années d’isolement consécutives à l’échec des négociations de dénucléarisation avec les États-Unis en 2019 et à la pandémie de Covid-19. Le choix de Pyongyang comme première destination étrangère après plusieurs mois sans déplacement est interprété par les analystes comme un signal délibéré : Pékin entend corriger l’impression, répandue en Occident, que la Corée du Nord serait définitivement tombée dans l’orbite russe.

La Corée du Nord, une puissance nucléaire de facto

L’émancipation nucléaire de Pyongyang constitue un élément central de cette nouvelle donne. Selon des estimations d’organisations non gouvernementales, la Corée du Nord disposerait d’une cinquantaine d’ogives nucléaires et pourrait en fabriquer entre 70 et 90. Cette capacité de dissuasion confère au régime une solidité inédite et le met à l’abri des pressions extérieures. Dans ce contexte, la Chine se voit contrainte de traiter son voisin avec de nouveaux égards, reconnaissant son statut de forteresse inexpugnable.

Un commerce renoué et des liaisons rétablies

Les relations économiques entre les deux pays ont retrouvé leur niveau d’avant la pandémie. En mars 2026, la ligne ferroviaire reliant Pékin à Pyongyang a été rouverte, après avoir été fermée depuis l’épidémie. Par ailleurs, la compagnie aérienne Air China a mis en place des vols directs entre les deux capitales. Xi Jinping a salué ces avancées en déclarant que « les relations entre la Chine et la Corée du Nord ont atteint un nouveau point de départ historique ». Ces mesures symbolisent la normalisation complète des échanges bilatéraux.

L’ombre de l’influence russe

Parallèlement, la dépendance militaire de la Russie envers la Corée du Nord s’est accrue depuis le début du conflit ukrainien. Selon des instituts de recherche sud-coréens, Pyongyang aurait livré à Moscou des obus d’artillerie et des roquettes pour un montant compris entre 7 et 14 milliards de dollars, soit une part significative du produit intérieur brut nord-coréen, estimé entre 25 et 30 milliards de dollars par la Banque de Corée. Cette manne financière a permis au régime de Kim Jong-un de faire tourner son industrie militaire à plein régime, tout en renforçant ses liens avec la Russie. La visite de Xi Jinping vise donc à contrebalancer cette attraction russe et à maintenir Pyongyang dans l’orbite chinoise.

Un calcul géopolitique assumé

Les observateurs notent que le président chinois a délibérément placé Pyongyang au sommet de son agenda diplomatique, avant toute autre capitale étrangère, pour réaffirmer son rôle de maître des équilibres régionaux. Selon des experts, cette visite corrige l’image d’une Corée du Nord alignée durablement sur Moscou et replace Pékin comme l’interlocuteur privilégié du régime. Le dossier nucléaire nord-coréen, pourtant crucial, n’a pas été officiellement abordé lors des entretiens, les deux parties privilégiant la consolidation de leur alliance.

Des implications pour la région

Ce renforcement des liens sino-nord-coréens intervient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par la rivalité entre Washington et Pékin, la guerre en Ukraine et les ambitions nucléaires de Pyongyang. La Chine, en resserrant ses liens avec la Corée du Nord, cherche à sécuriser sa frontière orientale et à limiter l’influence américaine et russe dans la péninsule. Pour Kim Jong-un, ce retour sur le devant de la scène diplomatique constitue une victoire, lui permettant de négocier en position de force avec ses partenaires comme avec ses adversaires.

Cette visite de Xi Jinping à Pyongyang illustre la recomposition en cours des alliances en Asie du Nord-Est, où la Corée du Nord, jadis isolée, est devenue un acteur incontournable que les grandes puissances se disputent.