Un scénario inédit pour le premier constructeur européen
Oliver Blume, le PDG du groupe Volkswagen (propriétaire des marques Volkswagen, Audi, Porsche, Seat et Skoda), a indiqué dans une note interne que le groupe pourrait devoir supprimer jusqu’à 100 000 emplois dans le monde d’ici 2030. Ce chiffre correspond au double des quelque 50 000 suppressions déjà programmées en Allemagne dans le cadre d’un accord social signé fin 2024 avec le syndicat IG Metall. Ce dernier prévoyait 35 000 coupes à la marque Volkswagen et 15 000 dans les autres entités du groupe d’ici 2030.
Dans son message aux salariés, le dirigeant a précisé que les coûts opérationnels du groupe sont 20 % plus élevés que ceux de ses principaux concurrents. « La prochaine étape consiste à ramener nos frais généraux à un niveau compétitif », écrit-il. « Comme la moitié de nos frais généraux provient des coûts de personnel, un calcul théorique, en supposant que les coûts de main-d’œuvre restent inchangés, aboutirait à la suppression d’environ 50 000 emplois dans le monde », ajoute-t-il. Ce calcul théorique porte le total potentiel des coupes à 100 000 postes.
Des sites de production menacés
Quatre usines allemandes sont directement dans le viseur : celles de Zwickau, Emden, Hanovre et Neckarsulm. Les deux premières sont dédiées à la fabrication de véhicules électriques. Oliver Blume a déclaré ne pas pouvoir confirmer que ces sites pourront « fonctionner de manière compétitive jusque dans les années 2030 », tout en se disant favorable à des « solutions intelligentes » plutôt qu’à des fermetures pures et simples. Le conseil de surveillance, qui réunit direction et représentants des salariés, s’est prononcé contre des fermetures d’usines lors d’une réunion récente.
Bénéfices en chute libre
Les difficultés du groupe s’expliquent par un net recul de ses résultats financiers. Le bénéfice opérationnel est passé de 22,6 milliards d’euros en 2023 à 19,1 milliards en 2024, avant de chuter à 8,9 milliards d’euros en 2025. Les ventes ont diminué de 6,3 % au premier semestre par rapport à la même période de l’année précédente. Le groupe a vendu environ neuf millions de véhicules l’an dernier, contre près de onze millions avant la pandémie.
La concurrence des constructeurs chinois, qui gagnent des parts de marché en Europe avec des véhicules électriques compétitifs, pèse lourdement. Par ailleurs, les droits de douane imposés par l’administration américaine et la baisse des marges sur les voitures électriques accentuent la pression.
Mobilisation sociale et incertitudes
Le syndicat IG Metall a qualifié le projet de « brutal » et a organisé des rassemblements devant plusieurs sites du groupe. Thorsten Gröger, négociateur du syndicat, a prévenu que s’en prendre aux salariés et à la codécision risquait de « déclencher un conflit social majeur ». Des milliers d’employés ont manifesté, notamment devant l’usine historique de Wolfsburg.
Certains analystes estiment que la communication du chiffre de 100 000 suppressions pourrait être une tactique de négociation, et que le nombre final de licenciements pourrait être inférieur. Aucune décision définitive n’a été annoncée à l’issue de la dernière réunion du conseil de surveillance.
Une restructuration sans précédent
Volkswagen s’engage dans une restructuration massive qui dépasse largement les plans précédents. Le groupe prévoit de réduire sa production annuelle, qui était de 12 millions de véhicules avant la pandémie, pour la ramener à environ 9 millions. Oliver Blume résume la stratégie : « Nous devons devenir plus efficaces, plus robustes et plus simples. Nous devons réduire nos coûts. » Le groupe évalue désormais, marque par marque, région par région, les ajustements réellement réalisables.