L’image du pilote de VTT de descente qui dévale les pentes sans réfléchir colle à la peau de ce sport depuis des années. Mais à écouter les meilleurs mondiaux, la réalité est tout autre. Trois grands noms du circuit, Amaury Pierron, Myriam Nicole et Lais Bonnaure, se sont confiés lors de la Coupe du monde disputée à Loudenvielle-Peyragudes, dans les Pyrénées, pour dévoiler l’envers du décor d’une discipline aussi spectaculaire qu’exigeante.
Un travail d’orfèvre derrière chaque descente
« On pourrait dire qu’on est des têtes brûlées si on regarde juste le sport, mais au final, il y a un réel travail derrière », affirme Amaury Pierron, vice-champion du monde 2022 et troisième en 2019. Selon lui, la préparation s’étale sur quatre jours de reconnaissance à pied, de visualisation mentale et de travail respiratoire. Plusieurs membres de l’équipe sont postés le long du parcours pour analyser chaque passage en temps réel.
Myriam Nicole, championne du monde 2021 et pilote de l’équipe Commencal, décrit une approche tout aussi minutieuse : « On connaît vraiment chaque caillou, chaque racine. » Elle précise que vingt-deux personnes de son équipe se tiennent sur le bord de piste pour transmettre les informations en direct. « Il n’y a rien qui est laissé au hasard », insiste Amaury Pierron, soulignant le recours systématique aux données.
La reconnaissance à pied, étape clé méconnue
La « track walk » du vendredi, bien que souvent ignorée du grand public, constitue un moment déterminant du week-end. Lais Bonnaure, 14e de la manche chez les femmes, en explique l’importance : il s’agit de repérer les changements par rapport aux années précédentes, d’anticiper les zones qui vont se dégrader et de mémoriser les passages piégeux. « Il faut gérer son effort pour pouvoir donner le maximum en bas », précise-t-elle.
Sur la piste pyrénéenne, particulièrement sèche et poussiéreuse, les creux se sont formés au fil des passages, obligeant les pilotes à réajuster leurs trajectoires jusqu’au dernier moment. Myriam Nicole confie avoir dû « essayer de nouvelles trajectoires » en raison de ces évolutions imprévues.
La chaleur, adversaire invisible
Au-delà du terrain, la météo a constitué un défi de taille. Les températures élevées ont pesé sur les organismes. « La chaleur, ça endort, ça fait les jambes lourdes », témoigne Myriam Nicole. Elle a dû adapter sa préparation en réduisant son volume d’entraînement à cinq descentes la veille de la course, une situation qu’elle qualifie de « très rare ». Amaury Pierron évoque également des stratégies de gestion thermique avant le départ, avec des échauffements calibrés.
Myriam Nicole a aussi traversé un moment difficile en raison de ses menstruations. « Être athlète, ce n’est pas tous les jours facile », lâche-t-elle sobrement.
Le plaisir avant la performance
Malgré les contraintes, la recherche du plaisir reste centrale. Lais Bonnaure reprend une phrase de son père : « D’abord le plaisir avant tout ce qui suit. Et quand on prend du plaisir, c’est comme ça qu’on arrive à bien rouler. » Amaury Pierron partage cette philosophie : « Je cherche le plaisir pour aller vite. »
Courir à domicile a également été un atout. « On ne s’entend pas rouler tellement il y a de monde au bord de piste », savoure Lais Bonnaure. Myriam Nicole, éprouvée la veille, a puisé dans la présence de sa famille pour tenir. « Ça réchauffe le cœur », assure-t-elle, soulignant le rôle de l’entourage dans les moments décisifs.
Une discipline entre risque et rigueur
Entre les pointes à 80 km/h dans des virages serrés et les chutes possibles, la descente conserve une part de danger. Mais la préparation mentale et physique vise à le maîtriser. Myriam Nicole explique qu’elle s’entraîne à « faire le vide » et à se concentrer sur les passages dangereux où il faut doser. Le travail sur le vélo – suspensions, réglages – participe aussi à la sécurité. « On fait du gros développement pour que le vélo arrive à absorber les chocs, les racines », détaille-t-elle.
En cas de chute, la priorité est de mettre en place « toutes les actions possibles pour pouvoir se relever le plus vite possible ». Courir en France, avec des proches dans le public, aide à « penser à autre chose » et à repartir.