Les États-Unis s'apprêtent à réduire de manière significative les moyens aériens et navals qu'ils mettent à disposition de l'OTAN en Europe, une décision qui suscite des interrogations sur l'engagement américain au sein de l'Alliance. L'administration du président Donald Trump projette de ramener de 150 à une centaine le nombre d'appareils de combat (F-16 et F-15E) alloués à la défense européenne, selon des informations du New York Times confirmées vendredi par des responsables européens et citées par plusieurs agences de presse.
Le plan prévoit également de réduire la flotte d'avions de surveillance maritime de 26 à 15 appareils et de retirer totalement huit avions ravitailleurs. Par ailleurs, un sous-marin, un porte-avions et plusieurs navires de guerre — dont l'un des deux groupes de bombardiers de l'US Air Force précédemment dédiés à la défense de l'Europe — seraient redéployés vers d'autres régions du monde. Ces mouvements s'inscrivent dans une stratégie plus large de recentrage des forces américaines sur le Moyen-Orient, l'Asie et les Amériques.
L'OTAN a été informée de certaines de ces réductions et tente d'en minimiser l'impact. Une porte-parole de l'Alliance, Allison Hart, a déclaré à l'agence Anadolu que « ce changement renforce les plans de défense de l'OTAN en réduisant la dépendance excessive à l'égard d'un seul allié » et qu'il s'inscrit « dans une évolution plus large au sein de l'Alliance ». Selon elle, cette mesure vise à placer l'OTAN « sur une base plus durable pour les décennies à venir ».
Des capacités de frappe à longue portée affectées
Les réductions annoncées concernent en particulier les capacités de reconnaissance et de frappe à longue portée de l'OTAN, ce qui contraint l'Alliance à envisager des plans alternatifs pour la défense de l'Europe en cas d'attaque russe. Le caractère erratique des décisions américaines complique toutefois la définition des priorités pour les États membres européens.
Le commandant suprême des forces alliées de l'OTAN en Europe, le général américain Alex Grynkewich, a estimé qu'il fallait « se concentrer sur les choses que nous pouvons acquérir rapidement, que nous pouvons déployer rapidement, et que nous pouvons étendre et maintenir dans le temps, notamment les frappes à longue portée et les drones ». Des propos tenus lors d'un salon aéronautique à Berlin jeudi, il a souligné que ces équipements « peuvent nous aider à atténuer le risque à court terme si nous devions nous retrouver dans la nécessité de dissuader et de défendre ».
Un contexte de tensions transatlantiques
Cette décision intervient alors que le président Trump s'en est pris à plusieurs reprises à l'OTAN, qu'il a qualifiée de « tigre de papier », notamment en raison de ce qu'il considère comme un soutien insuffisant des Alliés à la guerre américano-israélienne en Iran. Il reproche également aux gouvernements européens de sous-investir dans leurs armées et de trop compter sur la protection américaine, les exhortant à porter leurs dépenses de défense à 3,5 % de leur PIB.
Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a qualifié le sommet de l'OTAN prévu les 7 et 8 juillet en Turquie de « réunion probablement la plus importante de l'histoire de l'OTAN, car il y a des choses qui doivent être clarifiées et corrigées ». La présence de Donald Trump à ce sommet est attendue.