L’affrontement oppose un vestige de l’ère du MP3 au leader mondial des puces dédiées à l’intelligence artificielle. Winamp, via sa filiale Jamendo spécialisée dans l’accompagnement des musiciens (distribution, marketing, gestion des droits et lecture en ligne), a engagé une action en justice devant un tribunal fédéral californien contre Nvidia. La plainte, rendue publique ces derniers jours, dénonce une violation du droit d’auteur, une violation de licence et un enrichissement sans cause.
Winamp, popularisé à la fin des années 1990 et dans les années 2000 comme lecteur audio incontournable, a tenté de se réinventer ces dernières années. L’entreprise possède aujourd’hui une importante base de données musicales via Jamendo, qui distribue et gère les droits de nombreux artistes indépendants. C’est cette base que Nvidia aurait exploitée sans autorisation pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle générative capables de produire de la musique ou d’analyser des contenus audio.
Selon les éléments de la plainte, Nvidia aurait utilisé des morceaux issus du catalogue de Jamendo sans avoir obtenu les licences nécessaires. La société californienne spécialisée dans les GPU et les solutions d’IA est accusée d’avoir extrait et traité ces fichiers musicaux à des fins de développement logiciel, en violation des conditions d’utilisation de la plateforme. Winamp réclame des dommages-intérêts ainsi qu’une injonction pour faire cesser cette utilisation.
De son côté, Nvidia n’a pas encore officiellement réagi à cette action judiciaire. Le groupe, dont la capitalisation boursière dépasse les 3 000 milliards de dollars, est régulièrement visé par des plaintes de créateurs et d’éditeurs de contenu qui l’accusent d’alimenter ses modèles d’IA avec des données protégées sans compensation. L’affaire s’inscrit dans une série croissante de litiges entre le secteur technologique et les industries culturelles autour de l’exploitation des œuvres pour l’apprentissage automatique.
Ce dossier illustre une nouvelle fois les tensions juridiques qui entourent l’intelligence artificielle générative. Plusieurs grands groupes de médias et d’artistes ont déjà intenté des actions similaires contre des entreprises comme OpenAI, Meta ou Google, reprochant à ces dernières d’utiliser sans permission du contenu protégé par le droit d’auteur pour entraîner leurs algorithmes. La procédure engagée par Winamp pourrait ajouter un précédent significatif, d’autant que Jamendo propose un modèle de licence ouvert aux artistes, dont les conditions auraient été contournées.
L’issue de cette bataille judiciaire est encore incertaine. Elle dépendra de l’interprétation des conditions d’utilisation de la plateforme Jamendo, de la nature de l’utilisation faite par Nvidia et de la doctrine du fair use aux États-Unis. En attendant, l’affaire rappelle que même des acteurs historiques de l’Internet cherchent à faire respecter leurs droits face à la vague de l’IA.