Le président chinois Xi Jinping s’est exprimé vendredi à la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (WAIC) de Shanghai, qui rassemble plus d’un millier de représentants des géants technologiques du pays, ainsi que des responsables, chercheurs et industriels. Dans son discours liminaire, il a vivement critiqué ce qu’il a décrit comme « l’extension excessive du concept de sécurité nationale », une formule qui vise implicitement les restrictions imposées par Washington dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Sans jamais nommer les États-Unis, le chef de l’État chinois a défendu une vision inclusive et ouverte de l’IA, insistant sur la nécessité de ne pas laisser une seule nation dominer cette technologie. Cette prise de position s’inscrit dans la stratégie de Pékin visant à promouvoir un autre ordre mondial de l’IA, fondé sur le logiciel libre (open source) et l’industrialisation pilotée par l’intelligence artificielle.
Un discours de rupture avec la logique de blocs
Selon Rogier Creemers, professeur adjoint à l’université de Leyde et spécialiste de la politique numérique chinoise, le sommet de Shanghai envoie plusieurs signaux forts. « L’IA est désormais l’une des priorités politiques de Pékin », a-t-il expliqué, ajoutant que la Chine entend concurrencer les États-Unis en soutenant les modèles d’IA ouverts et en favorisant l’application industrielle de ces technologies. Il a également noté que Pékin espère rallier les pays du Sud global à cette approche.
L’événement de quatre jours intervient alors que la Chine réduit progressivement l’écart qui la sépare des États-Unis en matière de développement de modèles d’IA. Ses efforts d’application dans les processus industriels arrivent également à maturité, un domaine où Pékin estime pouvoir prendre l’avantage grâce à sa base manufacturière massive.
Une compétition technologique qui s’intensifie
La WAIC constitue une vitrine des avancées chinoises, mais aussi une tribune pour affirmer une ambition de leadership dans la gouvernance mondiale de l’IA. Alors que les tensions entre Pékin et Washington ne cessent de croître, notamment sur les restrictions d’exportation de puces et de technologies de pointe, la Chine cherche à se positionner comme un champion de la coopération internationale.
Dans son discours, Xi Jinping a rejeté toute tentative de freiner le développement de l’IA au nom de la sécurité nationale, estimant que cette notion ne doit pas être utilisée pour entraver la coopération scientifique et technologique légitime. Cette prise de position intervient alors que les États-Unis multiplient les contrôles à l’exportation et les restrictions d’accès aux technologies critiques pour ralentir la progression chinoise.
Des progrès significatifs dans l’industrie
Les experts réunis à Shanghai ont souligné que la Chine rattrape rapidement son retard dans le domaine des modèles d’IA fondamentaux. Plusieurs entreprises chinoises ont présenté des modèles de langage de grande taille dont les performances se rapprochent de celles de leurs homologues américains. Parallèlement, le pays investit massivement dans l’intégration de l’IA dans ses usines et ses chaînes d’approvisionnement, un secteur où il bénéficie d’une longueur d’avance en raison de son tissu industriel dense.
Cette stratégie de « l’IA pour l’industrie » contraste avec l’approche américaine, davantage tournée vers les applications grand public et les services. En misant sur l’open source, la Chine espère également attirer les développeurs et les chercheurs du monde entier, notamment dans les pays émergents, et construire un écosystème alternatif aux plateformes occidentales.
Un appel à une gouvernance mondiale partagée
Xi Jinping a renouvelé son appel en faveur d’une « symphonie » de coopération mondiale, reprenant une métaphore déjà employée par le passé. Il a insisté sur la nécessité de définir des règles internationales pour l’IA qui soient acceptées par tous, et non imposées par une seule puissance. Cette vision s’oppose frontalement aux efforts américains visant à encadrer les transferts de technologies et à constituer des alliances technologiques restrictives.
La WAIC se déroule dans un contexte géopolitique tendu, mais aussi de course accélérée à l’innovation. Alors que les États-Unis viennent d’annoncer de nouvelles restrictions sur l’exportation de semi-conducteurs avancés vers la Chine, Pékin semble déterminé à accélérer ses propres recherches et à internationaliser son modèle de développement de l’IA.
Quelles perspectives pour la coopération internationale ?
La question de la gouvernance mondiale de l’IA reste ouverte. La Chine propose un modèle fondé sur la souveraineté numérique et le partage des technologies, tandis que Washington met l’accent sur la sécurité et la protection de la propriété intellectuelle. Les pays du Sud global, courtisés par les deux camps, pourraient jouer un rôle d’arbitre dans cette compétition.
Pour l’instant, Pékin mise sur la WAIC et d’autres forums internationaux pour diffuser sa vision. Le président chinois a conclu son discours en réaffirmant que l’intelligence artificielle ne doit pas être un facteur de division, mais un outil au service du développement commun de l’humanité.