Un discours qui redessine les équilibres mondiaux
Le 17 juillet, lors de la Conférence mondiale de Shanghai, le président chinois Xi Jinping a exposé ce que plusieurs observateurs qualifient de doctrine pour l'organisation de l'intelligence artificielle (IA). Ce discours intervient dans un climat de compétition technologique intense, alors que les grandes puissances cherchent à imposer leurs normes en la matière. La vision chinoise, fondée sur un modèle ouvert, ambitionne de contrer l'influence normative que l'Union européenne exerçait jusqu'ici sur le secteur.
Un modèle d'ouverture contre l'avantage réglementaire européen
Xi Jinping a mis en avant un principe d'ouverture dans le développement de l'IA, présentant la Chine comme un partenaire disposé à partager ses avancées technologiques. Cette approche contraste avec les efforts de l'Union européenne, qui a cherché à établir un cadre réglementaire strict, notamment avec l'AI Act. Selon les termes du chef de l'État chinois, ce modèle ouvert pourrait « rebattre les cartes de l'ordre technologique mondial ». Il menace ainsi de neutraliser l'avantage dont disposaient les Vingt-Sept sur le terrain normatif, en offrant une alternative moins contraignante aux pays en développement.
Appel à une régulation mondiale coordonnée
Parallèlement à cette promotion de l'ouverture, Xi Jinping a plaidé pour la mise en place d'une régulation internationale de l'intelligence artificielle. Il a insisté sur la nécessité d'une gouvernance mondiale qui permette d'anticiper et de maîtriser les risques liés à cette technologie, tout en évitant une fragmentation du cadre juridique. Cette double exigence — ouverture et régulation — constitue la pierre angulaire de la position chinoise, qui se présente comme un médiateur entre innovation et sécurité.
Implications pour la rivalité sino-européenne
Ce discours intervient dans un contexte où l'Union européenne et la Chine sont en concurrence pour définir les standards internationaux de l'IA. L'Europe, avec son AI Act, a cherché à imposer des règles strictes fondées sur les droits fondamentaux et la protection des données. En réponse, Pékin avance un modèle plus flexible, susceptible de séduire les pays qui craignent de se voir imposer des normes occidentales jugées trop contraignantes. La doctrine chinoise pourrait donc fragiliser la position européenne, en offrant une voie alternative aux nations émergentes.
Conséquences potentielles pour l'ordre technologique
La vision de Xi Jinping porte en elle le risque d'une polarisation accrue du paysage technologique mondial. Si le modèle chinois gagne en influence, il pourrait conduire à une coexistence de deux systèmes concurrents : l'un, européen, fondé sur une régulation stricte et des valeurs démocratiques ; l'autre, chinois, plus ouvert mais potentiellement moins regardant sur les questions éthiques et les droits des citoyens. Cette dynamique accélère la course à la normalisation et pourrait remodeler en profondeur les alliances technologiques internationales.