Un sommet sans précédent public sur le nucléaire

Les dirigeants chinois et nord-coréen ont réaffirmé leur alliance lors d'une visite de deux jours à Pyongyang, privilégiant la coopération stratégique tout en éludant toute discussion publique sur le programme d'armement nucléaire de la Corée du Nord. Ce déplacement du président Xi Jinping, le premier en près de sept ans, intervient peu après son sommet avec le président américain à Pékin, où la Maison-Blanche avait indiqué que les deux parties s'accordaient sur l'objectif commun de dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Pékin n'a pas publiquement confirmé cette revendication américaine. À Pyongyang, M. Xi n'a prononcé aucune parole publique sur la dénucléarisation. Il a plutôt mis en avant l'« engagement ferme de la Chine à sauvegarder les intérêts partagés des deux pays et à préserver un environnement stratégique favorable », selon les médias d'État chinois.

De son côté, la presse d'État nord-coréenne a rapporté que le dirigeant Kim Jong-un avait qualifié les relations avec la Chine d'« entreprise stratégique la plus importante et primordiale » pour son pays. Ce choix de langage suggère une tentative de rééquilibrer ses liens entre Pékin et Moscou, en rehaussant la portée diplomatique de la Chine après une période de rapprochement avec la Russie.

Un dilemme pour Pékin face à l'accélération nucléaire nord-coréenne

Le silence de M. Xi sur le programme nucléaire nord-coréen survient alors que M. Kim cherche à convaincre la communauté internationale du caractère irréversible de son statut de puissance nucléaire. Quelques jours plus tôt, Pyongyang avait dévoilé une nouvelle usine de production de combustible pour bombes nucléaires, et M. Kim avait annoncé son intention d'accroître son arsenal nucléaire « à un rythme exponentiel ».

Les États-Unis affirment partager avec la Chine l'objectif d'une péninsule coréenne dénucléarisée. Mais la sœur de M. Kim a qualifié cette allégation de « fausse », et Pékin n'a toujours pas confirmé publiquement un tel accord.

Tong Zhao, chercheur principal au programme de politique nucléaire du Carnegie Endowment for International Peace, estime que l'approche chinoise reflète un changement de priorités : « La Chine semble minimiser la question du programme d'armement nucléaire nord-coréen afin de privilégier l'amélioration des relations bilatérales avec Pyongyang. » Selon lui, Pékin a procédé à « un changement de politique très significatif en acceptant tacitement la réalité d'une Corée du Nord dotée de l'arme nucléaire ». Il prévient toutefois que cette position pourrait créer un dilemme pour M. Xi en incitant des alliés américains comme la Corée du Sud et le Japon à renforcer leurs relations de sécurité avec Washington.

Une alliance qui s'élargit au-delà de la péninsule

Jusqu'à récemment, la Chine et la Russie soutenaient publiquement la dénucléarisation. En 2023 encore, Pékin et Moscou défendaient une approche à « double voie », combinant dénucléarisation et mise en place d'un régime de paix permanent pour remplacer l'armistice de la guerre de Corée de 1953.

Mais la géopolitique a évolué. L'invasion de l'Ukraine par la Russie a rapproché Pyongyang de Moscou, la Corée du Nord fournissant des munitions et des troupes. Par ailleurs, une réunion au Camp David sous l'administration Biden a fait progresser la coopération politique et militaire trilatérale entre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, une évolution qui a irrité la Chine.

Dès 2024, la Chine et la Russie s'étaient largement éloignées de l'approche à « double voie », se concentrant sur la critique des sanctions américaines et de la pression militaire exercée sur la Corée du Nord.

Choo Jaewoo, expert en politique étrangère à l'université Kyung Hee, estime que les déclarations de MM. Xi et Kim suggèrent des ambitions plus larges entre les deux alliés : « Ils souhaitent étendre leur relation d'alliance au-delà de la péninsule coréenne. » Cela pourrait inclure une implication de la Corée du Nord dans des points chauds régionaux, notamment Taïwan. Les deux parties se sont accordées pour renforcer leurs échanges, y compris la coopération militaire.

M. Kim a également articulé des ambitions plus vastes pour le rôle de son pays dans le nouvel environnement géopolitique, souhaitant que la Corée du Nord agisse comme un contributeur à ce qu'il décrit, avec ses partenaires, comme un « ordre international juste et équitable » — un langage qui fait écho à la rhétorique utilisée par la Chine et la Russie pour contester l'ordre mondial dominé par les États-Unis.

Un alignement lâche plus qu'une nouvelle alliance

Si certains perçoivent une menace croissante émanant d'un bloc émergent incluant la Chine, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord — parfois désigné par l'acronyme « CRINK » — Seong-hyon Lee, chercheur associé au Asia Center de l'université Harvard, estime que l'arrangement est davantage transactionnel qu'institutionnel : « Cela ne nécessite pas une alliance formelle. Cela nécessite simplement un alignement lâche. »

Parallèlement, les États-Unis et la Corée du Sud discutent d'une « modernisation de l'alliance » et d'une « flexibilité stratégique », qui verraient l'armée sud-coréenne prendre la tête de la dissuasion contre le Nord, tandis que les forces américaines recentreraient leur mission sur la dissuasion de la Chine.