Youssouf Traoré comparaît ce jeudi 4 juin devant la justice parisienne. Il lui est reproché des actes de « violences », « rébellion » et « menaces » à l’encontre de cinq agents des forces de l’ordre, faits qui auraient été commis le 8 juillet 2023 lors d’une marche d’hommage à son frère Adama, décédé en 2016 dans des circonstances qui continuent de diviser.
Ce rassemblement, qui avait réuni environ 2 000 personnes dans la capitale, avait été interdit par les autorités. Une enquête de flagrance avait été ouverte dès juillet 2023 après les dépôts de plainte de deux policiers, l’un affirmant avoir reçu un coup porté par Youssouf Traoré, l’autre, une commissaire, faisant état de faits similaires. Trois autres agents ont depuis joint leurs accusations, dénonçant des outrages et des violences volontaires sur personnes dépositaires de l’autorité publique. Ces plaintes ont été regroupées dans le cadre d’une enquête de la Sûreté territoriale de Paris, qui incluait également le motif d’organisation d’une manifestation interdite sur la voie publique.
L’interpellation contestée
Les circonstances de l’arrestation de Youssouf Traoré, ce même 8 juillet, sont au cœur des débats. Des images de son interpellation par la BRAV-M, montrant une immobilisation au sol suivie d’un plaquage ventral, ont largement circulé et choqué une partie de l’opinion. Le bilan médical établi après l’arrestation fait état d’une fracture du nez, d’un traumatisme crânien et de contusions multiples. Youssouf Traoré avait de son côté saisi l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour des violences volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure à huit jours, commises par une personne dépositaire de l’autorité publique. L’IGPN enquêtait également sur les plaintes d’une jeune femme, poussée au sol par un policier, et de deux journalistes dénonçant des faits similaires, selon le parquet de Paris.
Deux récits qui s’opposent
Les versions des parties sont radicalement divergentes. Les policiers qui ont porté plainte accusent Youssouf Traoré de les avoir frappés et insultés. De son côté, la défense de Youssouf Traoré, dont les propos sont rapportés par son avocate, soutient que « il n’a commis aucune infraction, mais il a été victime de violences de policiers de la BRAV-M ». Le procès, initialement prévu en décembre dernier, avait été renvoyé au 4 juin au motif que le tribunal ne disposait pas de l’intégralité des vidéos de l’interpellation. La décision de justice est attendue dans la journée.
Le contexte plus large de l’affaire Adama Traoré
Ce procès s’inscrit dans le longer combat judiciaire mené par la famille Traoré pour obtenir la reconnaissance de responsabilités dans la mort d’Adama Traoré. Ce dernier, âgé de 24 ans, est décédé le 19 juillet 2016 à la caserne de Persan (Val-d’Oise), deux heures après son arrestation à Beaumont-sur-Oise, au terme d’une course-poursuite lors d’une opération visant son frère Bagui, suspecté d’extorsion de fonds.
Les expertises médicales et les procédures n’ont pas abouti à une mise en cause des gendarmes. En août 2023, un non-lieu a été prononcé en leur faveur, confirmé en mai 2024 en appel. Le 11 février dernier, la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la famille, qui visait à relancer l’enquête. La sœur d’Adama, Assa Traoré, porte-parole de la famille, a annoncé en février que la famille saisirait la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Les proches du défunt accusent les forces de l’ordre de ne pas lui avoir porté secours alors qu’il avait fait un malaise dans leur véhicule et qu’il était resté menotté jusqu’à l’arrivée des pompiers, faisant de son décès un symbole des violences policières et du racisme. Le décès d’Adama Traoré et l’interpellation de son frère Youssouf continuent d’alimenter un vif débat sur les pratiques des forces de l’ordre en France.