Une initiative mémorielle de Volodymyr Zelensky suscite la colère d’Israël et de la Pologne. En assistant à une cérémonie de réinhumation d’Andriy Melnyk, figure historique du nationalisme ukrainien, le chef de l’État ukrainien s’expose à de vives critiques de la part de deux alliés essentiels dans le contexte de la guerre contre la Russie.

Un hommage qui ranime des plaies historiques

Andriy Melnyk, dirigeant du courant indépendantiste ukrainien pendant la Seconde Guerre mondiale, a collaboré avec l’Allemagne nazie dans le but de combattre l’Union soviétique. Sa réinhumation, à laquelle le président ukrainien a participé, est perçue par Israël comme une offense à la mémoire des victimes de la Shoah. Les organisations juives et le gouvernement israélien dénoncent un geste qui, selon eux, tend à blanchir des personnes ayant activement soutenu un régime d’extermination.

De son côté, la Pologne voit dans cet événement une provocation directe. Varsovie rappelle que les nationalistes ukrainiens, dont Melnyk était une figure, sont responsables de massacres de populations polonaises, notamment en Volhynie entre 1943 et 1944. Le gouvernement polonais a exprimé son « indignation » face à ce qu’il considère comme une réécriture de l’histoire au détriment des victimes polonaises.

Une réorientation mémorielle dictée par la guerre

Depuis l’invasion russe de février 2022, Kiev opère un virage mémoriel significatif. La lutte contre Moscou a conduit les autorités ukrainiennes à valoriser des figures historiques qui, bien que controversées pour leurs liens avec le nazisme, incarnent la résistance à la domination soviétique. Ce mouvement s’inscrit dans une politique plus large de décommunisation, qui a déjà vu le déboulonnage de statues de Lénine et le changement de nom de nombreuses rues.

Les détracteurs de cette politique estiment qu’elle conduit à une instrumentalisation dangereuse de l’histoire, au prix de l’apaisement nécessaire avec les voisins européens. Les partisans de Zelensky, en revanche, soulignent que la guerre existentielle menée contre la Russie impose de redéfinir le panthéon national pour y inclure des personnalités ayant combattu l’Union soviétique, même si leur parcours comporte des zones d’ombre.

Conséquences diplomatiques

Cette affaire intervient alors que l’Ukraine a besoin du soutien indéfectible de ses alliés occidentaux, tant militaire que politique. Les critiques d’Israël et de la Pologne pourraient compliquer les relations bilatérales. Pour l’instant, la présidence ukrainienne n’a pas officiellement répondu aux protestations. Les chancelleries occidentales observent avec attention la tournure que prendra cette polémique, qui risque d’éroder la confiance envers Kiev sur la scène internationale.

Le cas de Melnyk n’est pas isolé. D’autres figures de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) — dont Stepan Bandera, symbole extrême — font l’objet de débats récurrents sur leur place dans la mémoire nationale. La Pologne et Israël ont déjà, par le passé, manifesté leur inquiétude face à la glorification de ces personnages.

Analyse

Cette crise mémorielle souligne les dilemmes de l’Ukraine en guerre, tiraillée entre la nécessité de construire un récit national uni face à l’agresseur russe et le devoir de maintenir la cohésion avec ses partenaires européens. Pour Varsovie et Tel-Aviv, toute tentative de réhabilitation de collaborateurs du nazisme est inacceptable, quels que soient les justifications modernes. La suite dépendra de la capacité de Zelensky à gérer cette équation délicate sans rompre les liens précieux tissés depuis le début de l’invasion.