Le Parlement français a donné son accord définitif à la restitution à la Guyane des restes de six Amérindiens, exhibés de leur vivant dans des « zoos humains » à la fin du XIXe siècle. Ce vote met un terme à un long processus législatif visant à réparer une page sombre de l'histoire coloniale.
Ces six individus, originaires de Guyane, avaient été emmenés en France pour être présentés au public dans des exhibitions ethnographiques, alors couramment désignées sous le terme de « zoos humains ». Après leur décès, survenu peu après leur arrivée en métropole, leurs dépouilles avaient été conservées et intégrées aux collections d'institutions scientifiques françaises.
Une demande portée par les communautés locales
La demande de rapatriement émanait des communautés amérindiennes de Guyane, qui réclamaient depuis des années le retour de leurs ancêtres pour leur offrir une sépulture conforme à leurs traditions. Le texte de loi adopté autorise la sortie des collections publiques de ces six ensembles funéraires, levant ainsi l'obstacle juridique qui empêchait leur transfert. La France applique en effet un principe d'inaliénabilité de ses collections publiques, ce qui nécessite une loi spécifique pour toute restitution.
Les restes concernés sont ceux de personnes issues de différents peuples autochtones de Guyane, emmenées en Europe à la faveur de ce que les historiens qualifient aujourd'hui de pratique barbare. Les exhibitions, organisées dans le cadre d'expositions universelles ou de foires, attiraient des foules nombreuses venues observer les « sauvages » dans des reconstitutions de villages. Ces spectacles humains étaient légion en Europe entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.
Un vote sans opposition majeure
La proposition de loi a été adoptée dans des termes identiques par les deux chambres du Parlement, après un parcours législatif qui n'a pas rencontré d'opposition de principe, mais qui a soulevé des questions sur les conditions de conservation et de rapatriement des restes humains. Le texte prévoit que les modalités pratiques de la restitution seront définies par voie réglementaire, en concertation avec les représentants des communautés guyanaises.
Cette décision s'inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience autour de la provenance des collections anthropologiques conservées dans les musées et les instituts de recherche. Plusieurs pays, notamment d'Afrique et d'Océanie, ont engagé ces dernières années des démarches similaires pour obtenir la restitution de dépouilles de leurs ancêtres conservées dans des institutions occidentales.
Une première étape vers d'autres restitutions ?
Des associations et des élus guyanais ont salué cette avancée, tout en appelant à ne pas en rester là. Plusieurs autres restes amérindiens, conservés dans divers établissements français, pourraient faire l'objet de demandes similaires à l'avenir. La procédure législative reste cependant lourde, chaque cas nécessitant une loi particulière aussi longtemps que le principe d'inaliénabilité des collections publiques ne sera pas modifié.
Le gouvernement s'est engagé à accompagner la mise en œuvre de cette restitution, notamment en finançant le transport et les cérémonies funéraires qui accompagneront l'inhumation des dépouilles en Guyane. Les communautés concernées devraient ainsi pouvoir organiser des rites conformes à leurs coutumes, une fois les restes rapatriés sur leur terre d'origine.
Pour les historiens, cet épisode rappelle que les « zoos humains » ont constitué une forme d'humiliation collective et de violence raciale institutionnalisée. La restitution des restes de ces six Amérindiens, cent trente ans après les faits, représente un geste de reconnaissance officielle de ces souffrances.