Albert Manifold, limogé de manière abrupte par le conseil d’administration de BP, conteste fermement les motifs invoqués et promet de ne pas laisser ce qu’il qualifie de « récit mensonger » sans réponse. Dans une déclaration publique, il affirme avoir été « écarté sans avertissement et sans explication », et annonce son intention de contester cette décision.

La compagnie pétrolière a annoncé mardi avoir mis fin aux fonctions de son président, invoquant des « préoccupations sérieuses » soulevées au sein du conseil d’administration concernant sa conduite. Le conseil a immédiatement nommé Ian Tyler, administrateur depuis avril dernier, au poste de président par intérim, et a précisé qu’un processus de recrutement d’un remplaçant permanent allait être lancé. La direction de BP s’est refusée à tout commentaire supplémentaire sur la réponse de M. Manifold.

« Je conteste totalement la caractérisation de mon comportement, et je ne laisserai pas un récit mensonger rester sans réponse », a déclaré M. Manifold dans un communiqué publié mardi. Une personne proche de ses réflexions, non autorisée à s’exprimer publiquement, a indiqué qu’il n’avait pas encore déterminé les voies juridiques ou procédurales qu’il entendait emprunter.

L’action BP a chuté de 4 % à la Bourse de Londres mercredi, après avoir déjà reculé de plus de 4 % la veille. Cette baisse reflète l’inquiétude des investisseurs face à une nouvelle secousse au sommet d’une entreprise qui peine à stabiliser sa gouvernance.

M. Manifold, ancien dirigeant du groupe de matériaux de construction CRH, avait rejoint le conseil d’administration de BP le 1er septembre, avant d’en prendre la présidence le 1er octobre, avec la promesse d’améliorer les performances de la société. Son arrivée était intervenue dans un contexte de mécontentement des investisseurs vis-à-vis des résultats boursiers de BP, en berne ces dernières années.

En décembre, BP avait nommé Meg O’Neill, ancienne dirigeante du producteur australien de pétrole Woodside Energy, au poste de directrice générale. Elle avait remplacé Murray Auchincloss, lui-même poussé vers la sortie sous la pression d’investisseurs activistes mécontents de la stratégie de l’entreprise. M. Auchincloss avait succédé à Bernard Looney, licencié en 2023 pour ne pas avoir divulgué intégralement des relations personnelles avec des collègues.

Ce nouveau départ à la tête de BP pourrait compliquer les plans de redressement de l’entreprise, selon des analystes de TD Cowen. Dans une note de recherche, ils estiment que « M. Manifold était perçu comme un moteur de la stratégie de BP » et que « des changements répétés à la direction pourraient, au minimum, remettre en question le rythme des réformes engagées ».

L’arrivée de Meg O’Neill l’an dernier avait semblé rassurer des investisseurs désireux d’un recentrage sur l’exploitation du pétrole et du gaz. BP avait enregistré de solides résultats au premier trimestre, portés par une performance « exceptionnelle » de son activité de négoce pétrolier et par la hausse du prix du brut liée aux perturbations de l’approvisionnement au Moyen-Orient. L’action BP gagnait encore 20 % depuis le début de l’année avant l’annonce du limogeage de son président.