Le groupe pétrolier et gazier BP a annoncé mardi le départ immédiat de son président Albert Manifold, après seulement huit mois à ce poste. Dans un communiqué, le conseil d’administration a indiqué avoir été saisi de « préoccupations sérieuses liées à d’importantes normes de gouvernance, à la supervision et à la conduite », sans préciser la nature exacte des griefs.

Une décision unanime du conseil

Le conseil a voté à l’unanimité pour que Manifold cesse d’exercer ses fonctions de président et d’administrateur. Amanda Blanc, administratrice indépendante principale, a supervisé la nomination de Manifold en octobre dernier. Elle a déclaré que le conseil avait été « surpris et déçu d’apprendre l’existence de problèmes de gouvernance, de supervision et de conduite qu’il juge inacceptables » et qu’il avait pris « des mesures décisives ». Un porte-parole de BP a refusé de donner plus de détails. Il n’a pas été possible de joindre immédiatement Albert Manifold pour obtenir un commentaire.

Un contexte de changements à la tête de BP

Cette éviction survient dans un climat d’instabilité à la direction de la major pétrolière londonienne. Il y a trois ans, le directeur général Bernard Looney avait été licencié pour avoir menti au sujet de ses relations personnelles avec des collègues. Le successeur de Looney, Murray Auchincloss, avait quitté ses fonctions en décembre, sans motif clairement avancé. Meg O’Neill, ancienne directrice générale de Woodside, avait alors été nommée à la tête de BP. Elle est le cinquième PDG du groupe depuis 2020, chargée d’accélérer le recentrage sur le pétrole et le gaz, au détriment des énergies renouvelables, une stratégie annoncée par Auchincloss au début de l’année précédente.

Un président sans expérience du secteur énergétique

Albert Manifold, qui n’avait jamais travaillé dans l’industrie énergétique avant son arrivée chez BP, s’était fait connaître en dirigeant le groupe de matériaux de construction CRH. Il avait restructuré le portefeuille de l’entreprise et transféré sa cotation principale d’Irlande aux États-Unis, ce qui avait fait monter l’action. Sa nomination à la présidence de BP, intervenue après des années de sous-performance boursière par rapport aux concurrents, avait suscité des spéculations persistantes sur une éventuelle reprise ou un démantèlement du groupe.

Sous la présidence de Manifold, le nombre d’administrateurs de BP a diminué. Simon Henry, directeur financier de Shell, qui n’avait rejoint BP qu’en septembre, a notamment choisi de quitter le conseil.

Un soutien affaibli des actionnaires

Lors de l’assemblée générale annuelle d’avril, le conseil n’était pas parvenu à faire adopter deux de ses résolutions par les actionnaires. La nomination de Manifold à la présidence n’avait recueilli qu’environ 82 % des suffrages, un score nettement inférieur au quasi-unanimité habituel. Le conseiller en vote Glass Lewis avait alors recommandé un vote contre Manifold, estimant qu’il était le principal responsable de la décision de BP d’exclure une résolution déposée par le groupe militant pour le climat Follow This.

Manifold bénéficiait pourtant du soutien du fonds spéculatif activiste Elliott, qui a constitué une participation d’environ 5 % dans BP. Elliott a décliné toute réaction.

Un intérim assuré par Ian Tyler

Ian Tyler, ancien dirigeant du groupe britannique de construction Balfour Beatty et membre du conseil de BP depuis l’année dernière, a été nommé président par intérim. Il occupera cette fonction jusqu’à la désignation d’un successeur permanent.

Réaction des marchés

L’annonce du départ de Manifold a immédiatement pénalisé le titre BP. À Wall Street, l’action reculait de 4,2 % en séance. À la Bourse de Londres, elle cédait 4,4 %. Ces baisses traduisent les incertitudes des investisseurs face à la nouvelle crise de gouvernance qui frappe le groupe.