Le projet de loi sur l'Allocation de solidarité unifiée (ASU) connaît un nouveau rebondissement. L'entourage du Premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé, le 24 mai 2026, que le gouvernement allait « retravailler » le texte, à la suite d'observations du Conseil d'État. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a toutefois démenti tout enterrement du projet, assurant que Sébastien Lecornu y « tient beaucoup ».

Retrait de l'ordre du jour du Conseil d'État

Selon les déclarations de l'entourage du Premier ministre, le gouvernement a décidé de retirer le texte de l'ordre du jour du Conseil d'État afin de le remanier « en concertation avec les parties prenantes ». Cette décision fait suite aux réserves émises par le Conseil d'État, notamment au regard du principe de « libre administration des collectivités », comme l'avait souligné mi-mai le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. Ce dernier s'était inquiété du devenir du texte, évoquant les difficultés juridiques soulevées par la haute juridiction administrative.

Une fusion des prestations sociales plusieurs fois repoussée

Promis par Emmanuel Macron dès 2018, le projet d'ASU vise à fusionner le revenu de solidarité active (RSA), la prime d'activité et les aides personnelles au logement (APL) en une prestation unique. Relancé par les prédécesseurs de Sébastien Lecornu à Matignon, Michel Barnier puis François Bayrou, le texte avait été annoncé à l'automne 2025. Il devait initialement arriver à l'Assemblée nationale en mai 2026, comme l'avait indiqué le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, dans un courrier adressé en février à la présidente de l'Assemblée. Selon les derniers éléments d'agenda communiqués par le ministre, le texte ne sera finalement pas inscrit avant la pause estivale.

Des objectifs économiques mais des effets contrastés

Le gouvernement défend cette réforme comme un moyen de faciliter le recours aux aides sociales, de mieux les articuler et d'améliorer le « gain au travail ». L'idée est qu'une personne reprenant un emploi ou augmentant son activité ne subisse pas une baisse brutale de ses droits sociaux, ce qui pourrait la dissuader de travailler. Selon l'étude d'impact du projet de loi, l'ASU redistribuerait un peu plus de 4,5 milliards d'euros. Elle ferait environ 3,8 millions de ménages « gagnants », avec un gain moyen de 100 à 110 euros par mois pour plus de 2,5 millions des ménages les plus modestes.

Cependant, près de 4 millions de ménages seraient perdants, avec une diminution mensuelle moyenne de 40 à 130 euros. Ces chiffres suscitent de vives inquiétudes parmi les associations de lutte contre la pauvreté. Daniel Goldberg, représentant du Collectif Alerte, a ainsi déclaré : « On ne lutte pas contre la pauvreté en prenant à des gens qui ont un peu, pour donner à des gens qui ont très peu. » Au ministère du Travail, on répond qu'il ne faut pas juger la réforme en considérant la situation des bénéficiaires comme figée, car une personne qui reprend une activité serait « potentiellement plus gagnante que dans le système actuel ».

Un avenir incertain

Le gouvernement n'a pas précisé le calendrier de la nouvelle version du texte. La concertation annoncée avec les parties prenantes pourrait permettre d'atténuer les critiques. Mais le projet, déjà attaqué de toutes parts avant même sa présentation officielle, devra convaincre à la fois les associations, les syndicats et les élus locaux. Pour l'heure, Matignon affirme sa volonté de faire aboutir la réforme, mais le chemin s'annonce encore long.