Les autorités finlandaises de la concurrence ont sanctionné d’une amende plusieurs entreprises opérant dans le secteur de l’achat de baies sauvages, après avoir découvert l’existence d’un cartel qui s’est maintenu pendant une dizaine d’années. L’enquête a révélé que ces sociétés, qui achètent des baies cueillies dans les forêts et les marécages du pays nordique, se sont entendues sur les prix et les conditions d’achat, faussant ainsi le jeu de la concurrence.

Un cartel de longue durée

L’affaire, rendue publique ces derniers jours, porte sur une entente qui aurait débuté il y a environ dix ans. Les entreprises concernées, dont l’identité n’a pas été révélée par les autorités, se seraient régulièrement concertées pour fixer les prix d’achat des baies sauvages auprès des cueilleurs, ainsi que pour coordonner d’autres modalités commerciales. Cette pratique a permis aux membres du cartel de maintenir des prix plus bas que ceux qui auraient prévalu dans un marché concurrentiel, au détriment des milliers de personnes qui travaillent chaque année à la cueillette des baies dans les régions forestières de Finlande.

Le montant total des amendes infligées n’a pas été communiqué précisément, mais les sanctions sont décrites comme significatives par les observateurs. L’enquête, menée par l’autorité finlandaise de la concurrence et de la consommation, a mobilisé des moyens importants pour rassembler les preuves de cette entente sur une période aussi longue.

Impact sur les cueilleurs et le marché

La cueillette des baies sauvages est une activité économique importante en Finlande, où des centaines de milliers de personnes, y compris de nombreux travailleurs saisonniers étrangers, participent chaque été à la récolte de myrtilles, airelles, framboises et autres fruits des bois. Ces baies sont ensuite revendues à des entreprises de transformation agroalimentaire, qui les exportent en grande partie vers les marchés européens et asiatiques.

En verrouillant les prix d’achat, le cartel a privé les cueilleurs d’une juste rémunération pour leur travail. L’affaire souligne les vulnérabilités de ce secteur, où les travailleurs sont souvent isolés et ont peu de moyens de négociation face à des acheteurs organisés. Les organisations de défense des travailleurs saisonniers ont salué la décision des autorités finlandaises, y voyant un signal fort envoyé aux entreprises qui abusent de leur position dominante.

Contexte juridique et précédents

La Finlande dispose d’une législation stricte en matière de concurrence, transposant les règles européennes. Les amendes pour entente illicite peuvent atteindre jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel des entreprises concernées. Cette affaire intervient dans un contexte de renforcement des contrôles dans le secteur agroalimentaire nordique, où plusieurs enquêtes sont en cours sur des pratiques similaires dans d’autres filières.

L’autorité finlandaise de la concurrence n’a pas encore publié le texte complet de sa décision, mais les entreprises sanctionnées disposent d’un délai pour faire appel devant les tribunaux. L’affaire pourrait également avoir des répercussions au-delà des frontières finlandaises, car elle met en lumière des pratiques qui pourraient exister dans d’autres pays nordiques ou baltes où la cueillette de baies sauvages est également une activité économique importante.

Réactions et prochaines étapes

Les associations de consommateurs et les syndicats de travailleurs saisonniers ont appelé les autorités à publier les noms des entreprises condamnées, afin de permettre aux cueilleurs d’exercer d’éventuelles actions en dommages et intérêts. De leur côté, les représentants des entreprises du secteur ont indiqué qu’ils étudiaient la décision et n’excluaient pas de faire appel.

L’enquête, qui a duré plusieurs années, a bénéficié de la coopération d’un lanceur d’alerte, sans que son identité ne soit révélée. Les autorités ont également utilisé des techniques d’investigation modernes, comme l’analyse des communications électroniques, pour établir la preuve des échanges entre les membres du cartel.

Cette affaire est l’une des plus importantes jamais traitées par l’autorité finlandaise de la concurrence dans le secteur agroalimentaire. Elle pourrait inciter d’autres pays européens à examiner de plus près les pratiques de leurs propres industries de collecte de produits sauvages.