Andy Burnham, maire du Grand Manchester et candidat à la prochaine élection partielle de Makerfield, a vivement critiqué l’ancien Premier ministre travailliste Tony Blair, l’accusant de ne pas comprendre « ce qui se passe » dans la vie des citoyens et de sous-estimer l’impact des inégalités.
Cette réplique fait suite à la publication d’un long essai de Tony Blair, qui affirme que le gouvernement travailliste actuel « n’a pas de plan cohérent » pour le pays et a mis en œuvre des politiques qui ont freiné les entreprises. L’ancien chef du gouvernement y exhorte le Labour à ne pas basculer à gauche et à embrasser un « centre radical ».
Dans un entretien accordé à The Observer, Andy Burnham souligne que Tony Blair « ne mentionne pas une seule fois l’inégalité » dans sa critique de la trajectoire gouvernementale. « Si vous ne comprenez pas comment cela détermine la politique aujourd’hui, si vous n’ancrez pas votre analyse dans le fait que les gens sont incapables de vivre et que des choses qui étaient considérées comme acquises ne sont plus abordables, alors vous ne comprenez pas ce qui se passe », a-t-il déclaré.
Une passe d’armes sur l’héritage des quarante dernières années
L’affrontement s’inscrit dans un débat plus large sur l’orientation du Parti travailliste. Dans une interview accordée à BBC Radio 4, Tony Blair a critiqué Andy Burnham pour avoir affirmé que la Grande-Bretagne était « sur la mauvaise voie depuis quarante ans » – une période qui inclut les dix années de pouvoir de Blair, de 1997 à 2007. « J’espère qu’Andy gagnera Makerfield, je pense que c’est un grand type, je veux le voir au Parlement », a déclaré l’ancien Premier ministre, avant d’ajouter : « Mais quand il fait cette histoire de quarante ans de gâchis… et quoi, rien de bon ne s’est passé pendant cette période avec l’ère Thatcher et le monde des affaires, ou le New Labour ? Je ne pense pas qu’il le pense vraiment. »
Andy Burnham, qui fut ministre junior sous Tony Blair avant d’être promu au cabinet par Gordon Brown, a répliqué : « Les quarante dernières années nous ont donné de vastes inégalités – c’est ce qui explique l’abandon du centre. Les gens ne pensent pas que le centre a répondu à leurs attentes en termes de vie, donc ils sont allés plus loin vers les extrêmes. »
Les critiques de Blair et la réponse de Burnham
Dans son essai, Tony Blair estime que le gouvernement a souffert d’une « illusion récurrente – que lorsque nous perdons des sièges à droite, le pays signale en réalité qu’il veut que le Labour aille à gauche ». Il appelle le parti à défendre le « centre radical ». Parmi les mesures critiquées par Blair figurent les nouvelles lois sur les droits des travailleurs, qui ont suscité des inquiétudes chez certains employeurs, et la hausse des cotisations sociales des employeurs (National Insurance), jugée préjudiciable à la confiance des entreprises.
Interrogé sur son propre positionnement, Andy Burnham a déclaré : « Si vous voulez appeler cela de gauche, cela me convient. Il s’agit de savoir où il faut adopter une solution plus à gauche et où il faut être favorable aux entreprises. Le blairisme considérait parfois le marché comme la réponse à tout. C’est son problème. »
Une réplique également venue du gouvernement
Torsten Bell, ancien directeur du groupe de réflexion Resolution Foundation et actuel ministre des Pensions, a également réagi à l’essai de Tony Blair. Dans une réponse détaillée, il a salué « une tentative impressionnante de s’attaquer à certaines des grandes forces qui façonnent notre avenir », mais a estimé que « cela n’a pas de projet qui corresponde au moment et au lieu où nous vivons ». « Dire “IA” n’est pas la même chose qu’avoir un plan pour la Grande-Bretagne », a-t-il ajouté.
Un contexte politique tendu
Andy Burnham brigue un retour au Parlement lors de l’élection partielle de Makerfield, dans la banlieue de Wigan, prévue le 18 juin. Le scrutin s’annonce serré face au candidat de Reform UK, Robert Kenyon. L’ancien secrétaire à la Santé Wes Streeting a également déclaré qu’il se porterait candidat en cas de course à la direction du parti, mais le Premier ministre Keir Starmer a affirmé qu’il ne quitterait pas son poste.
Cette passe d’armes entre deux figures historiques du Labour reflète les divisions internes sur l’orientation idéologique du parti, entre une ligne sociale-démocrate défendue par Burnham et un positionnement plus centriste prôné par Blair.