Une infiltration au long cours
Le youtubeur Micode a mené une enquête approfondie sur le réseau d’escrocs derrière les appels téléphoniques indésirables émanant des numéros en 0162. Ces numéros, que l’Arcep réserve au démarchage commercial, sont régulièrement détournés pour des arnaques. Dans une vidéo de près de cinquante minutes, il détaille les rouages d’une filière qui promet des remboursements fictifs, souvent liés à l’inflation ou aux chèques énergie, pour piéger les victimes.
L’infiltration a duré plusieurs mois et a permis de remonter jusqu’aux responsables présumés. L’enquête met en lumière ce qui est décrit comme une véritable « industrie de l’escroquerie », et non une petite arnaque artisanale.
Le mécanisme : un mandat de prélèvement caché
Le piège est minutieusement rodé. La victime reçoit un appel lui promettant un remboursement de 170 euros. Pendant une trentaine de minutes, l’interlocuteur la fait patienter et lui demande de « cliquer trois fois pour confirmer » sur un document PDF. En réalité, ce clic vaut signature d’un mandat de prélèvement, dissimulé dans le fichier. Ce mandat autorise des débits mensuels de 18 euros pendant un an pour des services fictifs, comme une assistance plomberie dont la personne n’a jamais besoin.
L’enquête précise que la simple communication de l’IBAN ne suffit pas à prélever l’argent : c’est le mandat qui donne ce droit. En conséquence, la recommandation est claire : ne jamais rien signer au téléphone.
Des méthodes frauduleuses et des enregistrements truqués
Micode a également mis au jour des pratiques contestables dans la gestion des contestations. Des enregistrements audio aura été recoupés et montés de manière à transformer en « cliente consentante » une personne âgée ayant refusé à plusieurs reprises. Ces manipulations visent à justifier les prélèvements auprès des banques ou des autorités.
Les frères Sitbon et les sociétés-écrans
Au sommet de cette organisation figure une famille française identifiée comme les frères Sitbon. Selon les éléments recueillis, ils auraient empoché des dizaines de millions d’euros en dix ans grâce à ce système. Le dispositif repose sur des sociétés-écrans « jetables » – par exemple une « compagnie des assurances » – et des centres d’appel situés au Maroc. Dès qu’une boîte est signalée et brûlée sur Internet, une nouvelle est immédiatement créée pour prendre le relais, comme des fusibles.
Interrogés dans le cadre de l’enquête, les intéressés contestent les faits. Ils évoquent des « brebis galeuses » et des centres d’appel indépendants. Ils agitent également la menace de poursuites judiciaires, indiquant que « en cas d’insinuation diffamatoire, Anavi ne manquera pas d’agir en justice ». Cette menace est présentée comme une tentative d’intimidation classique, visant à dissuader toute investigation.
Des autorités submergées
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) est confrontée à un flux massif de signalements : près de 300 000 par an. Dans ces conditions, des prélèvements de 20 euros par victime passent souvent inaperçus et ne font pas l’objet d’un traitement systématique. L’enquête souligne que la seule protection efficace repose sur la vigilance individuelle.
Comment se protéger
Plusieurs mesures sont recommandées : ne jamais décrocher face à une promesse d’argent gratuit, raccrocher immédiatement en cas de pression, bloquer les démarcheurs à l’aide d’applications comme Saracroche, surveiller régulièrement ses relevés bancaires, et signaler tout doute sur la plateforme officielle SignalConso. L’enquête rappelle que les coordonnées personnelles sont déjà largement diffusées, ce qui rend la prévention d’autant plus cruciale.