Londres — Le Chelsea Flower Show, considéré comme le plus prestigieux salon horticole du monde, a ouvert ses portes dans la capitale britannique avec une nouveauté qui a fait parler : pour la première fois depuis des années, les nains de jardin sont autorisés. Une décision exceptionnelle de l’organisateur, la Royal Horticultural Society (RHS), principale association caritative britannique dédiée au jardinage, a levé temporairement l’interdiction qui frappait ces figurines jugées trop « kitsch » par les puristes.
Cette levée, limitée à l’édition 2026, s’inscrit dans une initiative caritative : des célébrités ont été invitées à décorer des nains de jardin, qui seront ensuite vendus aux enchères au profit d’un programme visant à éveiller l’intérêt des enfants pour les jardins. L’opération a immédiatement déclenché une controverse animée parmi les exposants, les visiteurs et les responsables du salon.
Un invité longtemps banni
Dès le premier jour du salon, le roi Charles III a effectué une visite des stands, accompagné de l’ancien footballeur David Beckham. Une nouvelle variété de rosier blanc, baptisée en l’honneur de Beckham, a été présentée à cette occasion. Mais c’est la présence discrète mais remarquée des nains de jardin qui a retenu l’attention, suscitant des réactions contrastées.
Robert Brett, conservateur du jardin de la RHS à Wisley, au sud-ouest de Londres, s’est montré catégorique. Interrogé alors qu’il guidait un groupe de visiteurs, il a déclaré : « Avons-nous des nains à Wisley ? Est-ce que je m’intéresse aux nains ? Non. » Sa position reflète celle de nombreux jardiniers traditionnels qui considèrent ces figurines comme trop vulgaires pour les espaces verts soignés du salon.
À l’opposé, le comédien britannique Tom Allen, qui a orné un nain d’un costume et d’une cravate peints pour l’occasion, a plaidé pour que l’interdiction soit définitivement abolie. « Quelque chose d’excentrique, de différent et un peu passé de mode, comme un nain, est en fait ce dont le monde a besoin », a-t-il estimé, espérant que l’initiative pourrait convaincre la RHS de pérenniser l’autorisation.
Un débat sur le kitsch et la tradition
Le Chelsea Flower Show, qui se tient chaque année dans le quartier londonien de Chelsea, est un rendez-vous incontournable pour les amateurs de jardinage, les paysagistes et les têtes couronnées. La RHS, qui organise l’événement, est traditionnellement le gardien du bon goût horticole britannique. Les nains de jardin, populaires dans les jardins de banlieue mais souvent moqués par l’élite, symbolisent un fossé culturel entre les jardins « sérieux » et l’humour populaire.
La décision de les réintroduire, même à titre temporaire, a donc été perçue comme un geste d’ouverture. Certains y voient une manière de rendre le salon plus accessible et de toucher un public plus jeune, tandis que d’autres redoutent une baisse de standing. « C’est un peu de bonne folie britannique », a commenté un visiteur, résumant l’ambiance ambivalente qui règne sur le site.
Une vente aux enchères pour la bonne cause
Au-delà de la polémique, l’opération a un objectif clair : financer des programmes éducatifs pour les enfants. Les nains décorés par les célébrités seront mis aux enchères, et les fonds récoltés serviront à initier les plus jeunes aux plaisirs du jardinage. La RHS espère ainsi inverser la tendance d’un désintérêt croissant pour la nature et les plantes chez les nouvelles générations.
Pour l’instant, la levée de l’interdiction reste un cas isolé pour 2026. Mais le débat qu’elle a provoqué pourrait inciter l’organisation à revoir sa position à long terme. En attendant, les visiteurs du Chelsea Flower Show peuvent admirer les fleurs primées – des goldrods, des mûriers, des rhubarbes – tout en croisant du regard ces petits personnages à barbe et chapeau pointu, longtemps bannis des allées du plus chic des salons horticoles.