Le procès d’un animateur d’une école parisienne s’est ouvert dans une atmosphère de déni. L’homme, jugé pour des agressions sexuelles sur mineurs, a affirmé devant le tribunal qu’il ne se sentait « pas du tout concerné » par les accusations portées contre lui.
Des faits remontant à plusieurs années
L’ancien animateur de l’école élémentaire Baudin, située dans le 10e arrondissement de Paris, est poursuivi pour des agressions sexuelles commises sur des enfants, alors qu’ils étaient âgés de 6 à 10 ans. Les faits se seraient déroulés entre 2019 et 2022, au sein même de l’établissement scolaire. Plusieurs victimes présumées, aujourd’hui adolescentes pour certaines, ont témoigné à charge, décrivant des gestes répétés, des attouchements et des baisers forcés.
« Je ne me sens pas du tout concerné » : la posture de l’accusé
À la barre, le prévenu, âgé d’une trentaine d’années, a adopté une ligne de défense radicale. Interrogé par la présidente du tribunal sur les accusations, il a répondu : « Je ne me sens pas du tout concerné par les faits. » Cette déclaration a provoqué l’émoi dans la salle d’audience, notamment parmi les parties civiles et les familles des victimes. Tout au long de sa déposition, l’accusé a nié toute intention sexuelle, assurant que ses gestes étaient « mal interprétés » ou « anodins ». Il a également contesté les récits des enfants, les qualifiant d’« inventions ».
Un parcours sans antécédent judiciaire
L’animateur, qui travaillait à l’école Baudin depuis 2018, n’avait aucun antécédent judiciaire. Il était apprécié de ses collègues et des parents d’élèves, selon plusieurs témoignages recueillis lors de l’enquête. Son profil sans histoire a contrasté avec la gravité des accusations, ce qui a compliqué le travail des enquêteurs. Les faits ont été révélés après le signalement d’une enseignante, alertée par le comportement inhabituel d’une fillette de 7 ans. Une enquête interne a ensuite été ouverte, puis une plainte déposée.
Les parties civiles : « Il ne réalise pas la gravité »
Les avocats des parties civiles ont dénoncé une stratégie de déni qui « rajoute de la souffrance » aux victimes. L’un d’eux a déclaré : « Il ne réalise pas la gravité des faits. Il se considère comme une victime d’une machination. » Plusieurs parents ont exprimé leur colère à l’issue de l’audience, estimant que l’accusé « se moque du tribunal et des enfants ». L’association d’aide aux victimes, présente au procès, a souligné « la difficulté pour les enfants de se reconstruire face à un tel déni ».
Les expertises psychologiques
Les expertises psychologiques ordonnées lors de l’instruction ont dressé le portrait d’un homme « immature », « peu empathique » et « en grande difficulté pour reconnaître ses actes ». Les experts ont également noté des « traits pervers » mais sans pathologie mentale avérée. L’accusé, suivi par un psychologue depuis sa mise en examen, a refusé de s’engager dans un travail de reconnaissance des faits.
Un procès suivi de près
L’école Baudin, établissement d’une centaine d’élèves, a été secouée par cette affaire. La direction a mis en place un suivi psychologique pour les élèves et les enseignants. Plusieurs parents ont porté plainte contre l’école pour « négligence », estimant que des signes d’alerte avaient été ignorés. Le procès, qui doit durer plusieurs jours, se déroule à huis clos partiel, comme le prévoit la loi pour les affaires impliquant des mineurs.
Les réquisitions et la décision à venir
Le parquet doit prendre ses réquisitions dans les prochains jours. L’accusé encourt jusqu’à 7 ans d’emprisonnement et une inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles. La défense, de son côté, plaide pour une relaxe, arguant de l’absence de preuves matérielles et de la « fragilité » des témoignages des enfants. Le tribunal devrait rendre sa décision la semaine prochaine.
Cette affaire relance le débat sur la protection de l’enfance en milieu scolaire et sur la détection des violences sexuelles, alors que plusieurs enquêtes ont été ouvertes ces dernières années dans des établissements parisiens.