Une influence jugée néfaste des dirigeants de la tech

Dans un essai publié le 26 mai 2026 par le New York Times, le journaliste Eoin Higgins critique sévèrement l’approche des élus progressistes américains face à l’intelligence artificielle. Selon lui, la gauche américaine, emmenée par des figures comme le sénateur Bernie Sanders, s’inspire trop du discours catastrophiste des dirigeants de la Silicon Valley, au lieu d’écouter les travailleurs du secteur.

L’auteur pointe notamment un événement tenu fin mars, au cours duquel le sénateur Sanders a « interviewé » le chatbot Claude de l’entreprise Anthropic, lui demandant son avis sur une éventuelle régulation de l’IA. Higgins voit dans cette mise en scène une tendance préoccupante : traiter un logiciel comme un être pensant, et relayer des prévisions alarmistes venues des dirigeants de la tech.

Des propositions de loi jugées irréalistes

Le journaliste relève que le 25 mars, Bernie Sanders et la représentante Alexandria Ocasio-Cortez ont proposé une loi visant à imposer un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données, jusqu’à ce que des limites soient fixées pour éviter que la technologie ne menace « l’avenir de l’humanité ». Une formulation que l’auteur juge trop vague. Il estime que ce texte reprend en réalité le langage des grands patrons de la tech – Elon Musk, Bill Gates, Larry Ellison – qui présentent l’IA comme une menace existentielle pour faire monter la hype et leurs actions en Bourse.

D’autres initiatives, comme celles de la représentante Summer Lee et du sénateur Edward Markey sur les biais algorithmiques, ou encore une proposition du sénateur Chris Coons sur le respect des droits humains, sont qualifiées de simples « retouches mineures » aux lois existantes, et semblent être restées sans suite au Congrès.

Une alternative : écouter les travailleurs de la tech

Pour Eoin Higgins, la gauche devrait se tourner vers les employés de l’industrie technologique – développeurs, ingénieurs, analystes, petits entrepreneurs – plutôt que vers ses dirigeants. Ces travailleurs, dit-il, connaissent les capacités réelles et les limites de l’IA, et partagent les inquiétudes du grand public sur les risques concrets : consommation énergétique des data centers, surveillance, impact sur l’emploi, sécurité des systèmes.

L’essayiste cite plusieurs mouvements de contestation au sein des grandes entreprises : des employés de DeepMind (Google) qui protestent contre les contrats militaires, des salariés de Microsoft, Google et Amazon qui se sont opposés à la vente de technologies d’IA à Israël pendant la guerre à Gaza, et l’adoption par le syndicat AFL-CIO de principes pour protéger les travailleurs des abus de l’IA.

Un appel à une régulation réaliste

L’article conclut qu’il n’est pas trop tard pour que la gauche américaine change de cap et adopte une régulation qui prenne au sérieux les dangers réels de l’IA, sans tomber dans le sensationnalisme des dirigeants de la tech. Pour cela, Higgins estime qu’il faut écouter et soutenir les travailleurs, qui sont à la fois les mieux placés pour comprendre la technologie et les premiers à en subir les dérives.