Dans un essai récemment publié, le Institute for Family Studies (l'Institut pour les études familiales) remet en cause l'idée selon laquelle les progrès de la procréation assistée, notamment la création d'embryons en laboratoire, pourraient inverser la tendance à la baisse de la fécondité dans les pays développés. L'article, intitulé « Lab-Made Babies Won't Solve the Fertility Crisis » (« Les bébés de laboratoire ne résoudront pas la crise de la fertilité »), analyse plusieurs limites de cette approche.
Des coûts et des risques sanitaires sous-estimés
Selon l'Institut, recourir massivement à la fécondation in vitro (FIV) ou à des techniques encore plus expérimentales comme la maturation in vitro (IVM) ou la fabrication de gamètes à partir de cellules souches (in vitro gametogenesis, IVG) ne constituerait pas une solution miracle. L'essai pointe d'abord le coût élevé de ces traitements, qui les rend inaccessibles à une grande partie de la population, même dans les pays riches. Ensuite, il rappelle que les procédures de FIV comportent des risques pour la santé des mères et des enfants, notamment un risque accru de prématurité, de faible poids à la naissance et de complications liées aux grossesses multiples.
Un impact démographique limité
L'étude souligne surtout que ces techniques ne répondent pas aux causes profondes du déclin de la fécondité. Les auteurs notent que la baisse du nombre d'enfants par femme dans de nombreux pays est principalement due à des facteurs sociaux et économiques : difficultés à concilier vie professionnelle et familiale, coût du logement, précarité, manque de services de garde abordables, ou encore évolution des aspirations personnelles. Or, les technologies de procréation assistée ne font que contourner certains problèmes médicaux d'infertilité ; elles n'incitent pas les personnes qui souhaitent avoir moins d'enfants – ou n'en souhaitent pas du tout – à en avoir davantage.
Des scénarios alternatifs insuffisants
Même dans le scénario optimiste d'une démocratisation et d'une amélioration spectaculaires de ces techniques, l'impact sur le taux de fécondité global resterait modeste. L'essai cite des projections démographiques montrant que, pour compenser la baisse naturelle de la fécondité, il faudrait qu'une proportion très élevée de la population y recoure, ce qui est peu réaliste. En outre, les technologies de fabrication de gamètes (IVG) soulèvent des questions éthiques et réglementaires considérables, sans garantie de sécurité à long terme.
Des solutions sociales plutôt que techniques
En conclusion, l'Institut pour les études familiales estime que la réponse à la crise de la fertilité ne se trouve pas dans le laboratoire, mais dans des politiques publiques qui soutiennent les familles et réduisent les obstacles à la parentalité. L'essai appelle à des mesures telles que des congés parentaux généreux, des aides financières pour les familles, un accès abordable à la garde d'enfants, et des politiques de logement favorables. Il avertit que se focaliser sur les « bébés de laboratoire » détourne l'attention des vrais leviers d'action sociale et économique.