Une énigme de marché inédite
Depuis près de trois mois, le blocage du détroit d'Ormuz a fait chuter la production mondiale de pétrole d'environ 10 %, provoquant une flambée des cours du brut. Dans ce contexte, les marchés financiers envoient des signaux contradictoires. D'un côté, les indices boursiers américains comme le S&P 500 et le Nasdaq ont renoué avec la hausse et inscrit de nouveaux plus hauts historiques. De l'autre, les obligations d'État voient leurs cours baisser, ce qui se traduit par une hausse des rendements à long terme. Cette divergence entre actions et taux d'intérêt constitue une configuration rare, jamais observée auparavant après une hausse du pétrole de plus de 50 %.
Les raisons avancées pour la Bourse
Plusieurs explications sont avancées pour justifier la vigueur persistante des marchés actions. D'une part, la dynamique autour de l'intelligence artificielle continue de soutenir les valeurs technologiques, alimentant ce que certains qualifient de bulle. D'autre part, les résultats des entreprises restent jugés excellents par les investisseurs. Enfin, une forme de « FOMO » (peur de manquer une opportunité) pousse les acteurs à se positionner sur les actions, malgré les incertitudes géopolitiques et macroéconomiques. Par ailleurs, les marchés semblent parier sur un caractère ponctuel du blocage du détroit d'Ormuz, sans conséquences durables.
Les craintes du côté des obligations
Les marchés de taux d'intérêt, à l'inverse, expriment un pessimisme marqué. La hausse des prix pétroliers ravive les craintes d'une reprise de l'inflation, doublée d'un ralentissement de l'activité économique, soit un scénario de stagflation. Pour les analystes, cette situation est historiquement défavorable aux actifs risqués, comme les actions. L'envolée des taux à long terme traduit aussi les inquiétudes sur la soutenabilité des finances publiques américaines, alors que les besoins de financement des États s'accroissent. Les opérateurs obligataires anticipent que la poussée inflationniste pourrait être plus durable qu'un simple choc temporaire.
Un contraste historique
Le contraste est saisissant : jamais dans l'histoire financière les actions n'avaient atteint des sommets après une flambée du pétrole de plus de 50 % et une envolée concomitante des taux d'intérêt. En 2022, une situation de stagflation similaire avait provoqué une forte chute des marchés actions. Aujourd'hui, les investisseurs actions et obligataires semblent lire des scénarios radicalement différents, chacun jugeant que l'autre camp se trompe.
Quelles perspectives ?
Les experts s'interrogent sur l'issue de cette divergence. Si les marchés obligataires ont généralement raison dans le passé sur les risques inflationnistes, la capacité des valeurs technologiques à générer des bénéfices pourrait continuer à soutenir la Bourse. La résolution du blocage d'Ormuz et l'évolution de la politique monétaire américaine seront des facteurs clés pour déterminer quel camp finira par avoir raison.