Dans un contexte de crise du logement, la Californie intensifie la répression contre les camping-cars et autres véhicules utilisés comme abri par des milliers de personnes sans domicile fixe. Une loi entrée en vigueur en janvier dans les comtés de Los Angeles et d’Alameda permet aux autorités de détruire sans délai les véhicules surdimensionnés dont la valeur estimée est inférieure ou égale à 4 000 dollars, contre 500 dollars auparavant, à condition que leur propriétaire ne puisse les déplacer sans l’aide d’une dépanneuse.
Un phénomène massif
Selon les estimations, environ 34 000 sans-abri passent chaque nuit dans leur véhicule en Californie. Tori Larett, avocate spécialisée dans les droits des sans-abri à Sacramento et directrice de recherche à la National Vehicle Residency Coalition, estime que ce chiffre est en réalité deux fois plus élevé. La moitié de ces personnes vivent dans un camping-car, un bus aménagé ou une caravane garée dans la rue. « L’ensemble de l’État mène une guerre contre les camping-cars en ce moment », dénonce-t-elle.
Une politique de nettoyage controversée
Sam Lutzker, doctorant en sociologie à l’UCLA, a passé près de trois ans à mener des recherches de terrain dans le 11e district de Los Angeles, où la conseillère municipale Traci Park a fait de l’enlèvement des camping-cars une priorité. À chaque « sweep » (opération de remorquage), elle publie des messages sur les réseaux sociaux vantant le nettoyage des rues. Des commerçants et résidents du quartier s’organisent contre ces véhicules, allant parfois jusqu’à embaucher des sociétés de sécurité privées pour contraindre les occupants à partir, même lorsque ceux-ci sont en stationnement autorisé.
Park qualifie ces véhicules de « nuisances », dénonçant des campements de « véhicules décrépits » s’étendant sur des kilomètres. « Il y a des dépôts sauvages généralisés, y compris de déjections humaines, affirme-t-elle. Ces campements constituent une urgence de santé publique et de sécurité publique. »
Des effets directs sur les plus vulnérables
Les défenseurs des droits des sans-abri dénoncent une mesure qui criminalise la pauvreté et aggrave la précarité. En permettant la destruction rapide des véhicules, la loi prive leurs occupants du seul toit qu’ils possèdent, sans leur offrir d’alternative de logement. Pour Tori Larett, cette approche punitive ignore les causes profondes de la crise du logement en Californie, où les loyers exorbitants et le manque de logements abordables poussent des familles entières à vivre dans des véhicules.
Un débat national
La Californie, État le plus peuplé des États-Unis, concentre une part disproportionnée de la population sans-abri du pays. Les solutions mises en œuvre varient entre répression et soutien social. La nouvelle loi, qui cible spécifiquement les véhicules de grande valeur (jusqu’à 4 000 dollars, seuil qui inclut de nombreux camping-cars anciens mais encore habitables), reflète une volonté politique de rendre l’espace public moins visiblement marqué par la précarité. Les critiques y voient une guerre déclarée contre les plus démunis, tandis que les autorités locales invoquent la salubrité et la sécurité publique.