Le Festival de Cannes, longtemps perçu comme un rendez-vous élitiste et artisanal, est devenu ces dernières années un passage obligé pour les prétendants aux Oscars. L’édition 2026, qui s’est achevée ce week-end, en apporte une nouvelle illustration avec le sacre de « Fjord », un drame du réalisateur roumain Cristian Mungiu. Ce film plurilingue, qui met en scène Sebastian Stan et Renate Reinsve dans le rôle de parents conservateurs dont les enfants sont retirés par des Norvégiens progressistes, a remporté la Palme d’or lors d’une cérémonie marquée par des réactions partagées.
Une influence croissante sur la saison des récompenses
Cannes n’est plus seulement un festival de cinéma : il est devenu le point de départ de la course aux Oscars. Il y a deux ans, « Anora » avait remporté la Palme d’or avant de décrocher l’Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure actrice. L’an dernier, « Sentimental Value » et « The Secret Agent » avaient tous deux été nommés pour l’Oscar du meilleur film après avoir obtenu des prix majeurs à Cannes. Avant 2019, au plus un film présenté sur la Croisette parvenait à décrocher une nomination dans cette catégorie. Mais « Parasite », Palme d’or 2019, est devenu le premier film non anglophone à remporter l’Oscar du meilleur film, changeant la donne. L’année dernière, quatre des cinq films nommés pour l’Oscar du meilleur film international avaient été présentés en première mondiale à Cannes.
Une édition 2026 marquée par les divisions et l’IA
Cette année, la compétition a été particulièrement polarisante. Plusieurs films ont divisé le public et la critique. « All of a Sudden », du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi (connu pour « Drive My Car »), a été l’un des mieux accueillis malgré sa durée de trois heures. Ce long-métrage explore l’amitié entre deux femmes interprétées par Virginie Efira et Tao Okamoto. Les performances de Sandra Hüller dans « Fatherland » et de Javier Bardem dans « The Beloved » ont également été remarquées. À l’inverse, « Hope », un film d’action sud-coréen, a été le plus clivant : certains l’ont défendu avec ferveur, tandis que d’autres l’ont jugé semblable à une scène de jeu vidéo interminable.
L’intelligence artificielle a aussi dominé les conversations sur la Croisette. Demi Moore, membre du jury, et le réalisateur Nicolas Winding Refn se sont montrés très positifs envers cette technologie, qui suscite des craintes dans l’industrie hollywoodienne. Steven Soderbergh a utilisé l’IA pour générer une grande partie des images de son documentaire « John Lennon: The Last Interview », un choix que certains spectateurs ont jugé contraire à l’éthique humaniste du chanteur. « L’ère de l’IA est arrivée à Cannes », résume un observateur.
Glamour, tradition et controverses
Le festival conserve son caractère fastueux et parfois désuet. Les hommes doivent porter un nœud papillon pour accéder aux projections, et les femmes ont longtemps été contraintes de porter des talons hauts – jusqu’à ce que Kristen Stewart vienne en Converse, et que le festival cède. Les sifflets des critiques français et italiens pendant les projections, autrefois fréquents, se font plus rares aujourd’hui. Les fêtes restent somptueuses, même si elles ont perdu de leur démesure : on se souvient de soirées organisées par Lionsgate pour « Hunger Games » dans un château décoré comme le Capitole, ou d’une fête à Antibes accessible uniquement par hélicoptère.
Les films à suivre
Parmi les autres pépites de cette édition, « The Black Ball », une fresque espagnole de Javier Ambrossi et Javier Calvo, a remporté le prix de la mise en scène. Ce triptyque d’histoires homosexuelles sur un siècle comporte des scènes de guerre, des moments romantiques et deux performances musicales de Penélope Cruz. Le film a été acquis par Netflix, qui mise sur un potentiel retentissement international.
Alors que la saison des Oscars 2027 s’annonce, Cannes a une fois de plus posé les jalons, entre œuvres exigeantes et débats brûlants autour de l’IA et des valeurs sociétales.