Dans le jardin d'une ancienne maison de garde à Londres, une caravane expose un intérieur paisible : bunting pastel, broderies de feutre, tapis coloré et coussins impeccables. Sur un buffet, une porcelaine fine semble délicate. Mais en y regardant de plus près, les tasses et assiettes arborent des titres virulents du tabloïd Sun contre les campements de Gitans et de Voyageurs. « STAMP ON THE CAMPS » (Écrasons les camps) clame l'une d'elles. Une autre montre une caravane en flammes, rappelant l'expulsion du site de Dale Farm en 2011, qui mit fin à une décennie d'occupation par des familles voyageuses ayant acheté un ancien terrain vague sur une ceinture verte.

Cette installation, réalisée par la poétesse et artiste romani Gemma Lees, fait partie de « Criminal: An Untold Story of Homelessness, Resistance and Survival », une exposition compacte mais percutante qui conjugue installations, collaborations et infographies. Installée principalement en plein air dans le jardin du Museum of Homelessness, l'exposition décortique avec une précision rageuse la manière dont les personnes sans abri et nomades ont été persécutées au fil des siècles.

Un récit historique de la criminalisation

L'exposition remonte aux lois médiévales anglaises qui punissaient le vagabondage, jusqu'aux politiques modernes qualifiées d' « hostiles » envers les campements. Elle montre comment les textes juridiques et les discours publics ont construit une figure du « criminel » chez le sans-abri ou le voyageur, justifiant arrestations, expulsions et violences. Des documents d'archive, des photographies et des œuvres contemporaines tissent un récit qui lie la précarité résidentielle à une longue histoire de répression étatique et médiatique.

Des installations qui interpellent

Outre la caravane de Gemma Lees, l'exposition accueille des œuvres du collectif Spelling Mistakes Cost Lives, dont les affiches subvertissent les injonctions urbaines hostiles (pics anti-sans-abri, bancs inconfortables) en messages ironiques. Un panneau « Yes loitering » (Oui au flânage) accueille les visiteurs, inversant les logiques d'exclusion. Des infographies détaillent l'augmentation du nombre de personnes sans abri au Royaume-Uni, tandis que des témoignages audio restituent la parole de personnes ayant vécu à la rue ou dans des campements.

Un lieu chargé d'histoire

Le Museum of Homelessness est lui-même installé dans un bâtiment qui fut un poste de garde, symbole de contrôle et d'accès. Ce contraste entre l'espace domestique et la surveillance institutionnelle renforce le propos de l'exposition : la maison, le foyer, est un privilège refusé à beaucoup, et les dispositifs censés protéger peuvent aussi exclure.

Un impact viscéral

La critique salue une exposition qui « frappe comme un boxeur poids mouche agile » et qui ne laisse pas indemne. En mêlant art contemporain, archives et récits personnels, « Criminal » parvient à transformer une visite de jardin en une plongée dans l'injustice sociale. Elle interroge le visiteur sur sa propre complicité avec un système qui criminalise la pauvreté et le nomadisme, tout en offrant des espaces de résistance et de survie, comme la caravane-salon de Gemma Lees, où la douceur domestique devient un acte de subversion.