La poésie peut n'être pas la réponse la plus évidente aux bombardements aériens, mais pour de nombreux Palestiniens, elle est devenue une ligne de défense au milieu des ruines et des violences qui se poursuivent à Gaza.
« La poésie maintient l'espoir en vie. Même dans les moments les plus sombres, la poésie palestinienne continue d'imaginer un avenir », a déclaré Nazmi al-Masri, professeur de langues à l'Université islamique de Gaza, lors d'un événement poétique en ligne organisé par ses étudiants.
« La poésie donne aux gens un langage pour exprimer le deuil collectif. À Gaza, la poésie documente ce que les caméras ne peuvent pas toujours atteindre et ce que les chiffres ne peuvent jamais expliquer. Quand la destruction efface les espaces physiques, la poésie devient un témoin de l'histoire », a-t-il ajouté.
Un témoignage poétique au cœur des ruines
L'Université islamique de Gaza, où enseignait Nazmi al-Masri, a vu 95 % de ses bâtiments endommagés ou détruits. Malgré cela, les étudiants continuent d'écrire et de partager leurs poèmes, souvent depuis des abris, sur leurs téléphones portables. Ces textes, composés dans des conditions extrêmes, abordent la perte, l'exil, la résistance, mais aussi l'amour et l'espoir.
Deux nouvelles anthologies viennent de paraître, rassemblant des poèmes écrits par des étudiants et des jeunes poètes palestiniens. Elles témoignent de la capacité de la littérature à survivre à la destruction matérielle. L'une d'elles est née d'un atelier d'écriture en ligne coordonné avec l'Université de Glasgow, en Écosse.
Une collaboration transfrontalière
L'initiative a été impulsée par Alison Phipps, professeure à l'Université de Glasgow, spécialiste des études sur les réfugiés et poète elle-même. Elle a travaillé avec des étudiants de Gaza pour créer un espace d'expression malgré les coupures de réseau et les dangers permanents.
« Ces poèmes sont écrits sous des plafonds qui s'effondrent, tapés sur des téléphones. Ils sont le fruit d'une résistance créative qui refuse de se taire », a expliqué Alison Phipps lors d'une présentation publique.
Les anthologies, publiées en anglais et en arabe, visent à faire entendre la voix des jeunes Palestiniens au-delà des frontières. Les poèmes évoquent la vie quotidienne sous les bombes, la mémoire des lieux disparus, mais aussi des moments de tendresse et de solidarité.
Un rôle de témoin pour l'histoire
Pour Nazmi al-Masri, la poésie dépasse la simple expression artistique. Elle devient un outil de documentation historique. « Ce que les chiffres des bilans ne peuvent pas transmettre, la poésie le rend palpable : la douleur d'une mère, le rire d'un enfant, la beauté d'un coucher de soleil sur la mer avant qu'il ne soit obscurci par la fumée », a-t-il souligné.
Les étudiants participants racontent que l'écriture les aide à garder une forme de santé mentale dans l'enfer du conflit. « Quand je n'ai plus de mots pour crier, j'écris un poème. C'est ma façon de dire que je suis encore vivant », confie l'un d'eux.
La publication de ces anthologies coïncide avec une escalade des violences dans la région, rendant leur portée encore plus urgente. Les poèmes circulent sur les réseaux sociaux et sont lus lors de veillées en ligne, attirant l'attention de lecteurs du monde entier.
Un héritage littéraire en dépit de tout
La tradition poétique palestinienne est ancienne, de Mahmoud Darwich à Mourid Barghouti. Ces nouvelles voix s'inscrivent dans cette lignée tout en inventant une forme adaptée à l'urgence. « La poésie n'arrête pas les bombes, mais elle empêche que l'histoire soit réduite au silence », a conclu Alison Phipps.
Alors que l'Université islamique de Gaza tente de reconstruire ses bâtiments, ses étudiants continuent d'enseigner et d'apprendre à distance, quand le réseau le permet. Et ils écrivent. Chaque poème est une brique posée sur les ruines, un acte de foi en l'avenir.