La 60ᵉ édition de la Biennale d’art de Venise, souvent qualifiée d’« olympiade du monde de l’art », s’ouvre dans une atmosphère de turbulences. Alors que la cérémonie de remise des prix devait marquer le coup d’envoi le 9 mai, les traditionnels Lions d’or et d’argent ne seront pas attribués. La raison : l’intégralité du jury, composé de cinq membres, a démissionné quelques jours avant l’ouverture, plongeant l’événement dans une crise institutionnelle.
La démission du jury et le spectre de la CPI
Dans un communiqué, les jurés ont annoncé qu’ils refuseraient de prendre en considération tout pays dont les dirigeants sont visés par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision aurait directement exclu la Russie et Israël. La CPI a en effet émis un mandat d’arrêt contre le président russe Vladimir Poutine en 2023 pour crimes de guerre présumés en Ukraine, et un autre contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou en 2024 pour les actions de son pays à Gaza.
Il n’est pas établi si la Biennale a demandé aux jurés de se retirer. En tout état de cause, leur départ a contraint l’organisation à renoncer au système de sélection traditionnel. Pour remplacer les Lions d’or, les visiteurs seront invités à voter tout au long de l’exposition, et des « Lions du public » seront décernés le dernier jour, le 22 novembre.
Une exposition posthume de Koyo Kouoh
L’édition 2026, qui se tient du 9 mai au 22 novembre, rassemble 100 participations nationales. Sept pays participent pour la première fois : la Guinée, la Guinée équatoriale, Nauru, le Qatar, la Sierra Leone, la Somalie et le Vietnam. L’Iran a annoncé son retrait le 4 mai, invoquant les tensions croissantes et la crainte d’un regain de conflit au Moyen-Orient.
Ces pavillons nationaux accompagnent l’exposition internationale principale, intitulée « In Minor Keys », conçue par la directrice artistique camerounaise Koyo Kouoh, décédée d’un cancer en mai 2025 à l’âge de 57 ans. Première femme africaine à diriger la programmation internationale de la Biennale, Kouoh avait élaboré son projet avant sa mort subite. La Biennale a décidé de réaliser son exposition à titre posthume, présentant 111 participants invités.
« Les tons mineurs refusent la pompe orchestrale et les marches militaires au pas cadencé, et prennent vie dans les tonalités paisibles, les basses fréquences, les ronronnements, les consolations de la poésie », écrivait Kouoh dans son texte d’introduction. « Souvent perdus dans la cacophonie anxieuse du chaos présent qui fait rage dans le monde, la musique continue. »
L’UE menace de couper les financements en raison de la participation russe
La participation de la Russie est l’un des points les plus controversés de cette édition. Après l’invasion de l’Ukraine en 2022, les artistes et commissaires russes s’étaient retirés volontairement. Leur retour en 2026 a provoqué des tensions entre les institutions italiennes et l’Union européenne. Selon les informations disponibles, l’UE a menacé de suspendre sa subvention de 2 millions d’euros (environ 2,3 millions de dollars) pour les trois prochaines années, après que la Biennale a autorisé la présence du pavillon russe.
Au sein même du gouvernement italien d’extrême droite, des désaccords profonds existent sur cette question. Le pavillon russe est ainsi devenu l’un des principaux foyers de la crise.
Une édition placée sous le signe de la contestation
Des activistes ukrainiennes du groupe FEMEN se sont jointes au collectif Pussy Riot pour protester contre la présence russe à la Biennale. L’édition 2026 illustre les difficultés croissantes des grandes manifestations culturelles à naviguer dans un environnement géopolitique polarisé, où les questions de guerre, de droits humains et de justice internationale s’invitent dans les salles d’exposition.