Emily Wilson, dont les traductions de l'Odyssée (2017) et de l'Iliade (2023) font désormais autorité dans le monde anglophone, publie un ouvrage consacré aux coulisses de son art. « Crossing the Wine Dark Sea » rassemble une série d'essais sur les difficultés de la traduction et les enseignements que l'on peut tirer de la lecture des textes classiques.
L'auteure, qui confie avoir été fascinée par Homère dès l'âge de huit ans, lorsqu'elle incarnait Athéna dans une adaptation scolaire de l'Odyssée, examine la manière dont l'Antiquité rejoint la modernité. Elle évoque aussi bien Eschyle, Démosthène, Catulle et Aristophane que des figures contemporaines telles que Spike Lee, Erica Jong ou encore l'irréductible Jeeves de P.G. Wodehouse, présenté comme un dernier chaînon avec les serviteurs malins de la comédie romaine.
Wilson n'épargne pas la classe politique : elle qualifie l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson d'« ivrogne incompétent » qui a pu passer pour un intellectuel en parodiant quelques vers homériques. Les riches hommes blancs de la Silicon Valley sont également épinglés pour leur adoption d'un stoïcisme « édulcoré », qu'elle distingue soigneusement de la véritable endurance.
Une réflexion sur les choix de traduction
L'essayiste revient longuement sur les compromis inhérents à son métier. Elle admet que certaines de ses décisions peuvent être discutées – et elle les discute elle-même –, mais elle insiste sur les mois et les années passés à trouver le « moins mauvais » équilibre entre fidélité et lisibilité. Les parallèles entre les époques s'accumulent : la guerre, la cruauté, les inégalités persistent, et les textes anciens offrent selon elle un miroir dérangeant de notre époque.
Un pont entre deux mondes
Au fil des chapitres, Wilson montre comment les œuvres antiques continuent d'éclairer des débats contemporains, de la rhétorique politique aux dérives du pouvoir. Loin d'un simple manuel de traduction, « Crossing the Wine Dark Sea » se présente comme une invitation à relire les classiques avec un regard neuf, en appréciant à la fois leur altérité et leur étrange familiarité.
L'ouvrage, salué pour sa clarté et son érudition, confirme le statut d'Emily Wilson comme l'une des voix les plus influentes dans le domaine des études classiques. Il s'adresse autant aux spécialistes qu'au grand public curieux de comprendre comment les textes fondateurs de la civilisation occidentale peuvent résonner aujourd'hui.