Des annonces, mais des résultats incertains

Depuis plusieurs mois, l’administration Trump cherche à obtenir la réouverture du détroit d’Ormuz, voie stratégique pour le transport pétrolier. Le président a affirmé samedi dernier, sur son réseau social, qu’un accord « a été largement négocié » pour rouvrir cette voie d’eau. Aucun texte définitif n’a toutefois été signé, et la Maison-Blanche a qualifié de « pure invention » un projet d’accord diffusé par les médias d’État iraniens. Même si une entente voyait le jour, le retour à un trafic normal prendrait du temps, et les marchés de l’énergie ne réagiraient pas instantanément.

Les défis matériels et sécuritaires

Remettre en circulation les navires ne se résume pas à un ordre de départ. Avant de lever l’ancre, les capitaines doivent connaître les itinéraires praticables et s’assurer qu’ils ne déclencheront pas les mines sous-marines encore signalées dans la zone. Selon le Times, des responsables américains ont indiqué le mois dernier que l’armée iranienne pourrait ne pas être en mesure de localiser tous les engins qu’elle a placés. Le président Trump a affirmé que la marine américaine en avait déminé une partie, mais la seule crainte d’en voir subsister suffit à dissuader les équipages. Le capitaine Tim Hawkins, porte-parole du Commandement central américain, a déclaré lundi que les nouvelles frappes sur l’Iran visaient notamment des bateaux tentant de poser de nouvelles mines.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a rapporté ce mois-ci que le déploiement de moyens de déminage dans la région pourrait prendre « plusieurs semaines », et que le nettoyage nécessiterait « au minimum deux à trois mois » pour « rétablir des opérations d’exportation stables ».

La confiance, facteur clé

Avant même les aspects matériels, compagnies maritimes et négociants en énergie doivent être convaincus d’une paix durable protégeant le transit dans le détroit. Or, par le passé, le président Trump a annoncé à tort des percées : durant les trois mois de conflit, il a répété que la guerre était terminée et que la capacité militaire iranienne était largement détruite, ce que les faits contredisent. Les États-Unis ont lancé des frappes aussi récemment que lundi, et l’Iran a fait preuve de résilience. Le mois dernier, après un cessez-le-feu provisoire, Téhéran avait accepté de rouvrir le détroit, et le président avait écrit que l’Iran « avait accepté de ne plus jamais fermer le détroit d’Ormuz », avant que l’Iran ne le referme le lendemain.

Claire O’Neill McCleskey, ancienne responsable de la division conformité au Bureau du contrôle des avoirs étrangers, a estimé qu’« un message sur Truth Social ne suffira pas à convaincre les gens de prendre le risque ».

Logistique et opérations portuaires

Même en cas d’accord durable, les difficultés immédiates subsisteraient. Certains navires fonctionnent encore avec des équipages squelettiques et devront recruter de nouveaux marins pour redémarrer. D’autres devront être nettoyés des algues et des bernacles accumulées. L’ordre de passage dans le détroit, les couloirs à utiliser et la priorisation des traversées sont autant de problèmes à résoudre. L’Iran tente d’ailleurs de rediriger le trafic plus près de ses côtes.

Conclusion

En résumé, même si un accord de principe venait à être conclu, la baisse des prix du pétrole ne serait ni immédiate ni garantie. Le déminage, la confiance des acteurs économiques et la réorganisation logistique constituent des freins qui pourraient s’étendre sur plusieurs mois, comme le soulignent les analyses de l’AIE et les mises en garde d’anciens responsables américains.