Le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le transport maritime mondial du pétrole, est au cœur d'une impasse dangereuse. Depuis plusieurs mois, deux blocus concurrents s'y affrontent : l'Iran impose des droits de passage pouvant atteindre deux millions de dollars par navire pour garantir une traversée sans heurts, tandis que les États-Unis maintiennent un embargo naval visant à intercepter les exportations iraniennes de pétrole. Aucune des deux parties n'a obtenu de résultat décisif. Certains navires iraniens parviennent à forcer le blocus américain, et plusieurs compagnies asiatiques acceptent de payer les péages iraniens, en dépit du droit maritime international.

Des négociations au point mort

Les pourparlers entre Washington et Téhéran pour rouvrir le détroit ont échoué à plusieurs reprises, malgré une médiation menée par le Pakistan et un projet de mémorandum d'une page visant à mettre fin aux hostilités. Selon des experts, ni les États-Unis ni l'Iran ne semblent prêts à céder. Dania Thafer, directrice exécutive du Gulf International Forum, estime que les menaces militaires proférées par le président américain Donald Trump ont pu produire l'effet inverse. « La réponse iranienne suggère le contraire, explique-t-elle. Ils interprètent cela comme un manque de volonté américaine d'escalader la guerre. » Le locataire de la Maison-Blanche subit des pressions croissantes, tant sur la scène intérieure qu'à l'étranger, pour éviter une nouvelle action militaire, ses alliés du Golfe – Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Qatar – l'exhortant à la retenue.

Des pertes économiques colossales pour l'Iran

Du côté iranien, l'hémorragie financière est sévère. Selon Miad Maleki, chercheur principal à la Foundation for Defense of Democracies, l'Iran perd environ 435 millions de dollars par jour en échanges commerciaux, dont près des deux tiers proviennent des exportations de pétrole brut. En 39 jours de blocus américain, les finances publiques iraniennes auraient déjà subi une perte estimée à 17 milliards de dollars. Ce montant s'ajoute aux quelque 144 milliards de dollars de dommages économiques causés par les frappes américano-israéliennes menées durant les premières semaines du conflit. Burcu Ozcelik, chercheuse principale au Royal United Services Institute de Londres, estime que l'Iran a certes gagné un « levier disproportionné » grâce à ses attaques de missiles contre les navires et ses voisins du Golfe, mais qu'il est désormais « durement touché » par l'interruption de ses propres exportations pétrolières. « Malgré les fanfaronnades de Téhéran sur la résilience du régime, son économie n'est pas à l'épreuve d'un blocus », observe-t-elle.

Des États du Golfe pris en étau

Les monarchies du Golfe, plus exposées économiquement et moins enclines au risque, s'impatientent. Leur frustration face à l'impasse s'est traduite par des pressions coordonnées en faveur d'une issue diplomatique. Si les États-Unis et l'Iran croient chacun avoir le temps pour eux, les États riverains subissent de plein fouet l'instabilité régionale et la flambée des prix du pétrole. Cette dernière alimente l'inflation aux États-Unis et accroît la pression politique à l'approche des élections de mi-mandat en novembre.

Qui pliera le premier ?

Le bras de fer autour d'Ormuz est décrit comme un jeu d'endurance dangereux, sans perspective claire de résolution. Chaque camp espère que l'autre craquera le premier. Toutefois, les experts soulignent que la situation comporte un risque d'escalade vers un conflit régional plus large, en cas de nouvelle provocation ou d'incident militaire. En attendant, le détroit reste bloqué, avec des conséquences économiques mondiales qui s'aggravent de jour en jour.