Les associations Fairplay et le National Centre on Sexual Exploitation ont officiellement demandé à l'autorité américaine de régulation de la concurrence (FTC) d'ouvrir une enquête sur Roblox, accusant la plateforme de pratique « déloyales et trompeuses ». Le dépôt de plainte, rendu public cette semaine, pointe trois axes majeurs : l'économie virtuelle opaque, les mécanismes de design addictifs et les risques liés aux systèmes de communication.
Une économie virtuelle jugée opaque et coûteuse
Le système de monnaie virtuelle Roblox (Robux) est au cœur de la contestation. Les associations estiment que les enfants ne peuvent pas comprendre la valeur réelle des objets qu'ils achètent. Selon le dossier transmis, il serait « presque impossible » de suivre le coût réel des articles virtuels. La plainte cite le cas d'une famille dont la fille de dix ans a dépensé plus de 7 000 dollars en deux mois, malgré des tentatives parentales pour limiter les achats.
Roblox a rejeté ces accusations, affirmant que « la plupart des jeux sont gratuits » et que les utilisateurs ne sont pas obligés d'acheter la monnaie virtuelle. La société a précisé qu'au premier trimestre 2026, seulement 1,4 % de ses 132 millions d'utilisateurs quotidiens actifs étaient des payeurs sur la plateforme.
Des mécanismes « proches du jeu d'argent » selon les plaignants
Les associations dénoncent également des fonctionnalités de conception destinées à « maximiser l'engagement ». Parmi elles, les séries de récompenses quotidiennes, la comparaison sociale via l'affichage des possessions virtuelles des autres joueurs, et des mécaniques aléatoires comme les « loot boxes » (coffres à butin), que les plaignants comparent à du jeu d'argent. Ces systèmes exploiteraient les fragilités développementales des enfants, notamment leur manque de contrôle des impulsions et leur sensibilité à la pression des pairs.
Roblox a répondu en affirmant « avoir des politiques claires interdisant les jeux d'argent réels et simulés » ainsi que des règles encadrant les articles aléatoires payants. La plateforme se présente comme « conçue pour le plaisir et la connexion, non pour l'engagement à court terme ».
Des failles de sécurité pour les mineurs
Le volet sécurité de la plainte alerte sur les systèmes de chat textuel et vocal. Des chercheurs utilisant des comptes d'enfants de moins de treize ans affirment avoir rencontré des références sexuelles et un langage offensant en quelques minutes dans certains jeux. Le dossier mentionne également des cas de grooming et d'exploitation d'enfants sur la plateforme.
Roblox assure qu'il a déjà pris des mesures, notamment en bloquant les communications entre enfants et adultes et en déployant des technologies d'estimation d'âge pour placer les utilisateurs dans des comptes adaptés. La société a rappelé que ces fonctionnalités étaient en cours de déploiement.
Drew Benvie, directeur général d'un cabinet de conseil et fondateur d'une association de protection de la jeunesse, a estimé que les nouvelles protections par âge ne suffiraient pas. « Les jeunes joueurs sont des artistes de l'évasion numérique qui contournent facilement les dispositifs de sécurité », a-t-il déclaré, appelant à des changements législatifs plus larges.
Un contexte réglementaire tendu
Roblox a généré 4,9 milliards de dollars de revenus en 2025, en hausse de 36 % par rapport à l'année précédente. La FTC n'a pas encore indiqué si elle ouvrirait une enquête formelle.
Cette saisine intervient alors que les régulateurs examinent de plus près la manière dont les plateformes de jeux et de médias sociaux protègent leurs jeunes utilisateurs et génèrent des revenus. Une procédure judiciaire en Californie a récemment reconnu Meta et YouTube responsables de la conception addictive de leurs plateformes, ouvrant la voie à davantage de contrôles des techniques de maintien de l'attention (auto-play, défilement infini).