Des satellites de la NASA initialement conçus pour mesurer la vitesse des vents dans les cyclones ou surveiller la fonte des glaces ont démontré une capacité inattendue : celle de localiser des brouilleurs de signaux GPS (Global Positioning System) depuis l'espace. Une expérience menée par la société de technologie géospatiale Zephr.xyz, détaillée dans la revue spécialisée GPS World, a montré que deux systèmes satellitaires différents — le Cyclone Global Navigation Satellite System (CYGNSS) et le NASA-ISRO Synthetic Aperture Radar (NISAR) — pouvaient situer un brouilleur actif en Iran avec une précision de quelques kilomètres.
Un brouilleur mystérieux et toujours actif
L'expérience s'est concentrée sur un brouilleur GPS dont l'existence était déjà connue mais dont l'origine et la localisation précise restaient mystérieuses, situé près de la ville de Shiraz, dans le sud de l'Iran. Selon les chercheurs, cet appareil, qui émet un signal puissant pour submerger les signaux faibles des satellites de navigation, est actif depuis le début de l'année 2026. Sa puissance d'émission a encore augmenté depuis le déclenchement des hostilités entre les États-Unis, Israël et l'Iran, le 28 février 2026. Pour mener leur étude, les scientifiques ont d'abord utilisé des « renseignements indépendants sur les signaux » afin d'identifier et de localiser avec précision ce brouilleur, établissant ainsi une « vérité terrain » pour calibrer leurs observations.
CYGNSS et NISAR : deux approches complémentaires
Les deux systèmes de la NASA fonctionnent sur des principes distincts. CYGNSS est une constellation de huit microsatellites qui captent les signaux GPS réfléchis par la surface des océans pour en déduire la vitesse des vents dans les ouragans et les cyclones. Lorsqu'un brouilleur terrestre s'active, il perturbe massivement ces signaux réfléchis, créant une empreinte détectable sur des centaines de kilomètres autour de sa source.
De son côté, NISAR est un radar à synthèse d'ouverture développé conjointement par la NASA et l'ISRO (Organisation indienne de recherche spatiale). Il utilise des impulsions radar pour cartographier et suivre les changements de la surface terrestre, comme les mouvements tectoniques ou la fonte des glaces. Les émissions d'un brouilleur GPS apparaissent dans les images de NISAR sous forme de traînées, perpendiculaires à la direction de vol du satellite, chaque traînée indiquant la direction de la source du brouillage.
« CYGNSS voit l'effet du brouilleur sur les signaux GPS réfléchis, offrant une mesure indirecte répartie sur des centaines de points de réflexion », a expliqué Sean Gorman, directeur général et cofondateur de Zephr.xyz, auteur de l'article dans GPS World. « NISAR voit les émissions du brouilleur directement dans son propre récepteur, ce qui est une mesure plus précise, mais limitée à l'étroite bande de terrain survolée par le satellite. »
Des performances de localisation prometteuses
Pour tester la fiabilité des deux systèmes, l'équipe a analysé les données satellites à quatre dates distinctes : deux jours où le brouilleur était actif (les 8 et 20 janvier 2026) et deux jours où il était inactif (les 15 et 27 décembre 2025). En appliquant plusieurs techniques de détection et d'analyse du signal, ils ont pu estimer la position du brouilleur.
Les résultats montrent que CYGNSS a localisé le brouilleur à 4,33 kilomètres de sa position réelle, avec une erreur circulaire probable de 3,48 kilomètres (ce qui signifie que 50 % des estimations tomberaient dans ce rayon). NISAR, quant à lui, a localisé le brouilleur à 6,26 kilomètres de la vérité terrain, avec une erreur circulaire probable de 6,88 kilomètres. CYGNSS s'est donc avéré légèrement plus précis dans cette expérience.
Des applications potentielles pour la sécurité
Bien que ces satellites ne permettent pas une surveillance en temps quasi-réel ni une localisation exacte des brouilleurs, leur capacité à en identifier la zone approximative constitue une avancée notable. Clara Chew, scientifique principale et responsable de l'équipe GNSS chez le fabricant de satellites Muon Space, non impliquée dans l'étude, a souligné que cette information « pourrait potentiellement être utile pour la planification des vols » ou pour « indiquer les zones à haut risque pour le transport maritime ». Alors que le brouillage GPS devient un problème croissant dans le monde, menaçant la navigation aérienne et maritime, cette utilisation inattendue de satellites scientifiques existants offre une nouvelle piste pour cartographier et anticiper ces interférences.