À l’approche de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, les supporters écossais, surnommés « Tartan Army », ont pris les choses en main. Mécontents des tarifs de transport public proposés, environ un millier d’entre eux ont réservé une vingtaine de bus scolaires, avec escorte policière, pour se rendre de Providence (Rhode Island) à Foxborough (Massachusetts), où se dérouleront leurs premiers matchs. Le coût par personne est d’environ 50 dollars, soit près de la moitié du tarif de 95 dollars proposé par les autorités locales pour des navettes comparables. L’économie totale dépasse les 85 000 dollars pour le groupe.

L’initiative est née de la frustration de Rory Phillips-Hunter, un travailleur du secteur hôtelier de 37 ans originaire d’Écosse mais vivant dans le nord de l’Angleterre. « Planifier cette Coupe du monde a été un cauchemar du début à la fin, a-t-il déclaré. Je pense que c’est l’édition la plus inaccessible qu’il y ait jamais eu. » Il a estimé qu’il lui faudrait deux ans pour rembourser les dettes de carte de crédit contractées pour son voyage de six jours, incluant notamment 1 350 dollars pour un billet du match Écosse-Maroc.

Des coûts de transport jugés excessifs

Les supporters écossais ne sont pas les seuls à s’insurger. Alors que les précédentes éditions (Allemagne 2006, Russie 2018, Qatar 2022) avaient proposé des transports gratuits ou très subventionnés, les États-Unis apparaissent comme une exception. À New Jersey, un trajet aller-retour en train pour se rendre au stade MetLife coûte 98 dollars, là où les supporters de football américain paient habituellement 12,90 dollars. Dans le Massachusetts, la navette ferroviaire est facturée 80 dollars, contre 20 dollars en temps normal. Les organisateurs justifient ces tarifs par la nécessité de couvrir les frais de sécurité et de services ferroviaires renforcés sans peser sur les contribuables. Mais les fans y voient une charge supplémentaire dans un pays où les prix des billets, des vols et des hôtels sont déjà très élevés.

Des disparités entre villes hôtes

Toutes les villes hôtes n’adoptent pas la même approche. Atlanta, Houston et Seattle disposent de stades directement reliés à leur réseau de métro, avec des tarifs normaux. Miami-Dade propose des navettes gratuites pour le Hard Rock Stadium. Philadelphie offre le retour gratuit depuis le stade grâce à un financement du sponsor Airbnb. Kansas City propose des navettes à 15 dollars. En revanche, les stades de MetLife (New Jersey) et Gillette (Massachusetts) sont situés en banlieue, et les places de stationnement seront extrêmement limitées pendant le Mondial en raison des périmètres de sécurité élargis, des besoins de diffusion et de l’utilisation des parkings pour des zones VIP.

Un débat sur le partage des coûts

David Gogishvili, chercheur à l’Université de Lausanne (Suisse), spécialiste de l’organisation des grands événements sportifs, souligne que la FIFA a pour habitude de reporter une grande partie des coûts sur les pays hôtes. Mais, selon lui, la différence cette fois-ci est que les responsables locaux américains sont « plus forts et plus indépendants », et moins enclins à accepter ces charges sans contrepartie. « Ces coûts devraient être supportés par l’organisation qui gagne de l’argent avec ces événements, à savoir la FIFA, et non pas toujours par les villes hôtes », a-t-il déclaré, rappelant que l’instance prévoit un revenu de 13 milliards de dollars pour la période 2023-2026.

La gouverneure du New Jersey, Mikie Sherrill, a appelé la FIFA à assumer ses responsabilités financières. Ce conflit illustre les tensions entre un organisateur mondial et des collectivités locales soucieuses de ne pas grever les budgets publics.

Des supporters livrés à eux-mêmes

Phillips-Hunter a exprimé sa colère face à l’écart de prix entre la solution qu’il a trouvée – 50 dollars par personne avec un bus scolaire, incluant une escorte policière – et la solution officielle à 95 dollars. « Quand je vois cette différence de coût, ce sont des profits que vous nous prenez », a-t-il lancé. Pour lui, le fait que des supporters venus d’Écosse aient réussi à organiser un transport moins cher que celui proposé localement illustre un problème plus large d’accessibilité et de planification.

À ce jour, la FIFA n’a pas répondu publiquement aux critiques sur les tarifs de transport. Mais l’incident met en lumière les difficultés pratiques d’une Coupe du monde organisée dans un pays vaste et dépendant de la voiture, où les transports en commun sont souvent délaissés. L’édition américaine semble ainsi marquée par un contraste saisissant avec les précédentes, où l’accès aux stades était un point fort de l’organisation.