La directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), Emmanuelle Soubeyran, a souligné l’importance cruciale des systèmes de santé animale comme barrière face aux futures pandémies. Dans un entretien, elle a rappelé que plus de 60 % des maladies infectieuses émergentes chez l’humain sont d’origine animale, et que la surveillance vétérinaire constitue « l’une des premières lignes de défense » contre des virus tels qu’Ebola ou les hantavirus.
Une épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo sert aujourd’hui de toile de fond à cet appel. L’épidémie, déclarée depuis plusieurs semaines, a déjà fait plusieurs dizaines de morts. La directrice de l’OMSA a insisté sur le fait que la détection précoce chez les animaux – notamment les chauves-souris et les primates – pourrait permettre d’éviter la transmission à l’être humain. « Chaque fois que l’on détecte un foyer animal, on gagne un temps précieux pour activer les mesures de contrôle », a-t-elle expliqué.
L’approche « Une seule santé » au cœur de la stratégie
Emmanuelle Soubeyran a réaffirmé la nécessité d’intégrer la santé humaine, animale et environnementale dans une approche globale, dite « Une seule santé » (One Health). Cette coopération entre vétérinaires, médecins et écologues est essentielle pour anticiper les zoonoses. « Les systèmes de santé animale sont trop souvent sous-financés et négligés, alors qu’ils sont en première ligne », a-t-elle regretté. Elle a cité l’exemple du hantavirus, un pathogène transmis par les rongeurs, qui peut provoquer des infections respiratoires sévères chez l’homme. Une surveillance renforcée des populations de rongeurs permettrait de donner l’alerte avant les premiers cas humains.
Des investissements urgents dans la surveillance vétérinaire
La dirigeante de l’OMSA a plaidé pour un investissement massif dans les laboratoires vétérinaires, les réseaux de surveillance et la formation du personnel. Elle a rappelé que de nombreux pays, notamment en Afrique, manquent de capacités de diagnostic animal. Or, la mondialisation des échanges et le changement climatique accroissent les risques de propagation. « Il ne s’agit pas seulement de protéger les animaux, mais de protéger les humains », a-t-elle insisté.
Un appel aux gouvernements et aux bailleurs
Alors que la communauté internationale est confrontée à la multiplication des crises sanitaires, Emmanuelle Soubeyran a appelé les gouvernements à inclure la santé animale dans leurs plans de préparation aux pandémies. Elle a également invité les bailleurs de fonds à soutenir des programmes de surveillance et de contrôle des maladies animales, notamment via le Fonds de préparation aux pandémies de la Banque mondiale. « Les épidémies ne connaissent pas de frontières, et la santé animale est un bien public mondial », a-t-elle conclu.
L’exemple de la RDC
En République démocratique du Congo, les équipes vétérinaires travaillent aux côtés des humanitaires pour surveiller la faune sauvage et les animaux domestiques dans les zones touchées par Ebola. Des analyses sont régulièrement effectuées sur les carcasses d’animaux trouvées en forêt. « Chaque donnée compte pour cartographier les risques », a souligné la directrice. Elle a toutefois noté que les moyens restent limités et que la coopération internationale doit être renforcée pour éviter que les foyers animaux ne se transforment en pandémies humaines.