Giorgia Meloni était présente ce mardi à l'assemblée générale annuelle de Confindustria, la confédération patronale italienne, dans le but de renouer avec un patronat inquiet et déçu. La lune de miel entre la présidente du Conseil, au pouvoir à Rome depuis 2022, et les chefs d'entreprise a pris fin. À l'automne dernier, ceux-ci avaient crié à la trahison après l'annonce d'une réduction drastique des aides fiscales promises pour la transition numérique et écologique. S'ajoutent désormais les craintes liées à la hausse des droits de douane américains, à la crise énergétique provoquée par la guerre en Iran, et une insatisfaction croissante face à la gestion gouvernementale des crises industrielles, jugée "passive" par de nombreux patrons.
Un tableau sombre dressé par le patronat
Emanuele Orsini, le président du patronat transalpin, a ouvert l'assemblée en renonçant aux habituels discours d'autosatisfaction. Son allocution, placée sous le signe de la "responsabilité collective" et de l'urgence économique, a brossé un tableau sombre d'une Europe menacée de devenir un "désert industriel" face au dumping asiatique et à l'absence de vision de Bruxelles. Il a souligné que depuis l'investiture de la Commission européenne dirigée par Ursula von der Leyen en 2024, le secteur manufacturier a perdu 250 000 postes, entraînant par effet domino la suppression d'un million d'emplois indirects.
Emanuele Orsini déplore un déclin accentué par l'absence de politiques de soutien à la relocalisation, l'explosion des coûts énergétiques, un déficit d'investissements et un excès de contraintes réglementaires qui paralysent les entreprises. Selon lui, cette perte de compétitivité affaiblit l'Europe au quotidien et laisse le champ libre aux importations massives de produits chinois. Pour éviter que l'Europe ne devienne un simple marché ouvert à la convoitise des puissances étrangères, il est crucial de replacer l'innovation, la production et l'emploi au cœur de son action.
Trois piliers pour une relance industrielle
Pour relancer l'industrie, le président de Confindustria propose trois piliers majeurs : un marché unique des capitaux, un marché unique de l'énergie (basé sur des achats groupés, le renforcement des interconnexions de réseaux et l'abandon du système ETS d'échange de quotas d'émission de l'UE), et la création de toute urgence d'une dette commune européenne. Cette levée de fonds est jugée indispensable pour mobiliser les 1 200 milliards d'euros annuels nécessaires à la compétitivité européenne, alors que les 280 milliards d'euros annuels prévus par l'UE apparaissent dérisoires.
Les promesses de Giorgia Meloni
"Entre le gouvernement et Confindustria, nous nous sommes confrontés sans préjugés et sans concessions", a reconnu Giorgia Meloni en montant à la tribune. Ne disposant pas de ressources financières pour apaiser la grogne patronale, elle a joué la carte de la flatterie et de la critique de la bureaucratie européenne. Après avoir insisté sur l'importance fondamentale des entreprises pour le rayonnement économique et culturel de l'Italie dans le monde, elle a fustigé "l'UE, colosse bureaucratique, qui doit faire moins et faire mieux".
La présidente du Conseil italien a également appelé à une plus grande flexibilité en matière budgétaire. "Les effets de la crise en Iran sont des circonstances qui échappent au contrôle des Etats membres et qui justifient amplement l'extension de la flexibilité, déjà accordée pour les dépenses de sécurité et de défense, aux investissements nécessaires pour faire face à la crise énergétique", a-t-elle répété. Elle a ensuite déroulé une liste d'engagements pour regagner du crédit auprès du patronat sans peser sur les fragiles finances publiques italiennes : lutte contre la bureaucratie, retour de l'énergie nucléaire…
Un plaidoyer pour l'orgueil national
Sans oublier de flatter l'orgueil national, Giorgia Meloni a revendiqué : "Nous ne sommes plus le maillon faible de l'Europe. Nous sommes une nation crédible, influente, de plus en plus respectée dans le monde. Nos exportations progressent plus que celles d'autres pays qui jusqu'à récemment nous prenaient de haut."
Cette séquence illustre les tensions entre le gouvernement Meloni et un patronat qui se sent trahi, alors que l'Italie fait face à des défis industriels et énergétiques majeurs, dans un contexte européen marqué par la concurrence chinoise et les incertitudes géopolitiques.