Le scénario d'un désengagement américain de l'Otan, jugé de plus en plus plausible, a un prix. Selon un rapport publié en mai 2025 par le think tank britannique International Institute for Strategic Studies (IISS), les pays européens membres de l'Alliance atlantique devraient investir massivement pour compenser le départ des forces américaines. L'addition est vertigineuse : 344 milliards de dollars pour les acquisitions initiales, et jusqu'à environ 1 000 milliards de dollars sur l'ensemble du cycle de vie de vingt-cinq ans.
Un inventaire colossal à remplacer
Le rapport détaille le matériel et les effectifs qu'il faudrait acquérir pour combler le vide laissé par les États-Unis. Les Européens devraient déployer 128 000 soldats supplémentaires, commander 400 avions de combat, 600 chars, une vingtaine de destroyers, six frégates et deux porte-avions. Ces chiffres illustrent l'écrasante supériorité militaire américaine au sein de l'Otan, où Washington assure l'essentiel des capacités stratégiques, de renseignement et de commandement.
Un contexte politique qui se précise
Cette estimation intervient alors que le président américain Donald Trump a annoncé le retrait de 5 000 soldats américains basés en Allemagne, officialisant une réduction progressive de l'empreinte militaire des États-Unis sur le continent. Cette décision, prise lors d'un sommet à La Haye le 23 juin 2025 en présence du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, confirme la tendance à un désengagement unilatéral que redoutent les capitales européennes.
Un défi financier et industriel
Pour les États européens, le défi ne se limite pas à la dépense budgétaire. La fabrication et la maintenance de milliers d'équipements nécessiteraient une montée en cadence des industries de défense, des recrutements massifs et une harmonisation des standards entre les armées nationales. Les analystes de l'IISS soulignent que le coût total sur vingt-cinq ans, incluant l'entretien et le renouvellement, porterait l'effort à environ 1 000 milliards de dollars, soit un niveau jamais atteint depuis la guerre froide.
Les capacités critiques en suspens
Parmi les lacunes les plus coûteuses à combler figurent les porte-avions, dont l'Europe ne possède que deux exemplaires opérationnels, contre onze pour les États-Unis. La flotte de destroyers et de frégates américaine est également indispensable à la projection de puissance et à la protection des voies maritimes. Les experts estiment que sans un effort budgétaire équivalent à plusieurs points de PIB supplémentaires par an, les alliés européens ne pourront pas maintenir une dissuasion crédible face à la Russie.
Des divisions persistantes entre alliés
Le désengagement américain expose les fractures au sein de l'Union européenne. Certains pays, comme la Pologne ou les États baltes, plaident pour une augmentation immédiate des dépenses militaires à 5 % du PIB, tandis que d'autres, comme l'Allemagne ou la France, privilégient une mutualisation des moyens via des projets communs. Le patron de l'Otan, Mark Rutte, a récemment averti que l'Europe « rêvait » si elle pensait pouvoir se défendre sans les États-Unis, soulignant l'ampleur de la tâche.
Vers une réorganisation stratégique
Le chiffrage de l'IISS ne prend pas en compte les coûts indirects, comme la perte de renseignement satellitaire américain ni la nécessité de doubler les infrastructures de commandement. Les discussions en cours au sein de l'Otan portent sur un partage des responsabilités plus équilibré, mais Washington conditionne son maintien à des engagements financiers accrus. L'estimation de 1 000 milliards de dollars donne une mesure de l'effort nécessaire si la relation transatlantique venait à se briser.