L'ancien chef de l'État Nicolas Sarkozy a prononcé mercredi 27 mai 2026 une déclaration solennelle devant la cour d'appel de Paris, au dernier jour du procès en appel qui le rejuge pour le financement libyen présumé de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007. « Je n'ai pas trahi la confiance des Français », a-t-il martelé, avant que ses avocats ne plaident sa relaxe. La décision des juges sera rendue le 30 novembre prochain.
« Je ne demande qu'une chose : être traité comme n'importe qui, être jugé pour ce que j'ai fait, pas ce que je suis », a déclaré celui qui fut président de 2007 à 2012. D'une voix parfois tremblante, il a exprimé sa colère à l'encontre du parquet général, qui a requis contre lui sept ans d'emprisonnement et l'a dépeint comme « l'instigateur » d'un pacte de corruption avec le régime de Mouammar Kadhafi. Selon l'accusation, ce pacte aurait consisté en un financement politique occulte destiné à sa campagne, en échange de contreparties diplomatiques, notamment une grâce pour le dignitaire libyen Abdallah Senoussi, condamné en France à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'attentat contre le vol UTA 772 en 1989.
« Cette affaire a commencé dans le mensonge »
« Cette affaire de prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et dans le complot. Elle doit finir dans la vérité et dans la transparence », a poursuivi l'ex-président, sans citer nommément ceux qu'il a désignés comme « les menteurs et les comploteurs », assurant qu'ils « se reconnaîtront ». Il a évoqué les onze semaines d'audience comme « un chemin de croix » : « Je suis venu ici comme on va à un chemin de croix. J'ai essayé d'être digne et d'être vrai. »
Il a aussi fait référence à sa détention de vingt jours à la prison de la Santé après sa condamnation en première instance. « C'est émouvant pour moi, car maintenant je vais attendre (…), pas comme un ancien président de la République mais un homme qui ne va se demander qu'une chose en se réveillant, tous les soirs en se couchant : est-ce que je vais y retourner ? » Durant cette période, a-t-il raconté, il était « un homme comme les autres, pas différent de (ses) codétenus ».
« Aucune preuve » selon la défense
Nicolas Sarkozy a également dénoncé le caractère selon lui infondé des accusations. « Les 37 350 000 Français qui se sont déplacés ont donc été abusés par l'argent de M. Kadhafi que vous n'avez pas retrouvé », a-t-il ironisé à l'adresse des avocats généraux, en référence aux comptes de campagne validés par le Conseil constitutionnel. Se tournant vers le président de la cour d'appel, Olivier Géron, il a affirmé : « Je vous le dis droit dans les yeux, je tiens à mon pays et je ne peux pas croire que dans la France de 2026, un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu'il n'a pas commis et contre lequel après 14 ans d'enquête, il n'y a aucune preuve. »
« Ce n'est pas un procès historique, pas un roman, c'est ma vie », a-t-il ajouté, résumant l'épreuve judiciaire qu'il traverse. Le procès en appel a « été une nouvelle épreuve. Il y a eu des moments difficiles pour moi, écouter sans rien dire, subir sans rien dire, se faire insulter, entendre des choses folles et montrer un visage impassible », a confié l'ancien président. Il s'est dit « blessé » par les suggestions que son élection de 2007 aurait été « biaisée » ou qu'il aurait été « sous influence étrangère ».
Une décision attendue le 30 novembre
Ce volet de l'affaire, qui a tenu la France en haleine pendant plusieurs semaines, n'est qu'une étape procédurale. L'avocat de Nicolas Sarkozy a plaidé la relaxe pure et simple, estimant que les charges retenues ne sont pas étayées par des preuves matérielles. La cour d'appel a mis sa décision en délibéré et la rendra publique le 30 novembre 2026. En attendant, l'ancien président reste libre sous contrôle judiciaire.
Cette affaire, instruite depuis 2013, a déjà valu à Nicolas Sarkozy une condamnation en première instance à trois ans de prison ferme, peine qu'il avait effectuée en partie sous bracelet électronique et durant une vingtaine de jours à la prison de la Santé. La décision en appel, quel que soit son sens, pourra faire l'objet d'un pourvoi en cassation.