Le cinéma français traverse une période d'incertitude. Alors que les financements publics destinés à la création cinématographique connaissent une baisse tendancielle, une nouvelle menace plane sur le système de soutien au septième art : les déclarations et actions du groupe Bolloré, qui remettent en cause les principes mêmes de l'exception culturelle française.
Une érosion des financements qui inquiète
Depuis plusieurs années, les crédits alloués au cinéma par l'État et les collectivités territoriales diminuent. Cette tendance touche aussi bien le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) que les aides régionales. Les professionnels du secteur, réunis en collectifs, dénoncent une « asphyxie budgétaire » qui menace la diversité de la production. Selon leurs estimations, les pertes cumulées pourraient atteindre des centaines de millions d'euros sur la durée du quinquennat, mettant en péril des milliers d'emplois.
Les effets de cette baisse se font déjà sentir : des tournages sont reportés, des projets abandonnés, et des petites sociétés de production ferment leurs portes. Le secteur, qui emploie près de 300 000 personnes en France, voit son modèle économique se fragiliser.
Les attaques de Bolloré contre l'exception culturelle
Parallèlement à cette crise financière, le groupe Bolloré, via ses médias (Canal+, CNews, Europe 1, etc.), mène une offensive idéologique contre le système de soutien au cinéma français. Vincent Bolloré et ses relais médiatiques dénoncent régulièrement le « cinéma subventionné », les « films d'auteur » qui ne trouveraient pas leur public, et appellent à une libéralisation du secteur.
Ces prises de position ne sont pas sans conséquences. Plusieurs responsables politiques, notamment issus de la majorité, ont repris à leur compte certaines de ces critiques, envisageant des réformes du CNC ou une réduction des obligations de financement imposées aux chaînes de télévision.
Un modèle fragilisé mais toujours défendu
Le modèle français de l'exception culturelle repose sur un système de taxes (sur les billets de cinéma, sur les chaînes de télévision, sur les plateformes de streaming comme Netflix) et d'obligations de production. Ce mécanisme permet de financer des films de tous genres et de maintenir une diversité de création unique en Europe.
Face aux menaces, les organisations professionnelles (producteurs, réalisateurs, techniciens) se mobilisent. Elles rappellent que le cinéma français est le premier en Europe par le nombre de films produits et par les entrées en salle, et qu'il contribue au rayonnement culturel du pays. Elles appellent le gouvernement à maintenir son soutien et à ne pas céder aux pressions.
Un avenir incertain
La conjonction de la baisse des financements publics et des attaques idéologiques place le cinéma français à un tournant. Si rien n'est fait, préviennent les professionnels, c'est tout un écosystème qui pourrait s'effondrer, avec des conséquences irréversibles sur la diversité culturelle. Le débat est désormais ouvert, tant au sein du gouvernement que dans l'opinion publique.