Les négociations visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient et à libérer le détroit d'Ormuz semblent s'enliser, malgré les annonces optimistes du président américain Donald Trump. Dans la nuit de lundi à mardi, les forces américaines et iraniennes ont échangé leurs premiers tirs directs depuis le début de la crise, marquant une escalade significative.

Selon des responsables américains, les États-Unis ont visé « des sites de lancement de missiles et des embarcations iraniennes qui tentaient de poser des mines » dans le détroit. De son côté, le Corps des Gardiens de la révolution islamique accuse Washington de violer son espace aérien, affirmant avoir ouvert le feu sur des F-35 et détruit un drone Reaper. Chaque camp dénonce une rupture du cessez-le-feu qui était globalement respecté depuis le 8 avril.

Un schéma répétitif

Cette nouvelle confrontation illustre la dynamique qui bloque tout progrès diplomatique. Donald Trump avait promis pendant le week-end un accord « largement négocié », suscitant des espoirs. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, avait déclaré : « Nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions. » Mais les déclarations rassurantes ont rapidement été contredites par les « ultras » du régime.

Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a mis en garde : « Les pays de la région ne serviront plus de boucliers aux bases américaines. » Il a ajouté que les États-Unis, privés de leurs bases militaires régionales, « s'éloignent chaque jour de leur ancien statut ». Cette prise de position ajoute une nouvelle condition aux pourparlers.

De nouvelles revendications iraniennes

Désormais, aux exigences initiales de l'Iran — levée du blocus d'Ormuz, dégel de ses avoirs et discussions sur le dossier nucléaire — s'ajoutent deux chantages inédits envers les pays du Golfe. Téhéran réclame un pacte de non-agression avec ces États, ce qui impliquerait le démantèlement des bases militaires américaines présentes sur leur sol.

En riposte, la Maison-Blanche propose à tous les États du Golfe de signer les accords d'Abraham, qui normalisent les relations diplomatiques avec Israël. Ces accords ont été ratifiés en 2020 par les Émirats arabes unis (EAU) et Bahreïn, rejoints depuis par le Maroc et le Soudan. Un « Abraham bis » incluant l'Arabie saoudite et le Qatar constituerait une avancée majeure pour l'État hébreu, mais le scénario est jugé « très peu réaliste » par les analystes.

Les États du Golfe en position délicate

Le politologue Antoine Basbous, associé chez Forward Global, estime que Donald Trump « cherche à sauver la face » en s'abritant derrière les demandes de négociations des monarchies du Golfe, « acculées par l'échec de la campagne militaire ». Selon lui, la proposition d'élargir les accords d'Abraham est un « lot de consolation pour amadouer Benyamin Netanyahou », mais il y a « très peu de chances que l'Arabie saoudite aille sur ce terrain, en tout cas pas tant qu'il n'y aura pas de progrès tangible sur un État palestinien ».

De plus, l'Arabie saoudite, ayant perdu confiance dans la puissance militaire américaine, explore d'autres options. Les Émirats arabes unis accélèrent la construction d'un nouvel oléoduc pour contourner le détroit d'Ormuz et réduire leur dépendance à cette voie maritime stratégique.

Des navires toujours bloqués

Sur le terrain, aucune avancée n'est perceptible. Les navires restent immobilisés dans le fond du golfe Persique, sans perspective de levée du blocus à court terme. Les Iraniens, constatant que la menace d'une opération militaire américaine d'ampleur s'éloigne, renforcent leur position de jour en jour.

Alors qu'Israël poursuit ses frappes au Sud-Liban contre le Hezbollah, les efforts diplomatiques paraissent plus que jamais suspendus à un équilibre instable entre optimisme trumpien, surenchère iranienne et intérêts divergents des États du Golfe.