Un levier diplomatique ressorti des cartons

Dans le contexte toujours explosif du Proche-Orient, les Accords d’Abraham refont surface. Plus de quatre ans après leur signature, ces accords de normalisation entre Israël et plusieurs pays arabes sont à nouveau évoqués, cette fois dans le cadre des discussions avec l’Iran. L’ancien président Donald Trump, artisan de ce processus, propose de s’en inspirer pour ouvrir une voie diplomatique avec Téhéran.

Que sont les Accords d’Abraham ?

Conclu à l’automne 2020 sous l’administration Trump, ce train d’accords a permis la normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc. Leur nom fait référence au patriarche commun aux trois religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam) et visait à symboliser un rapprochement inédit au Moyen-Orient. Les États-Unis ont agi comme facilitateur, et ces accords ont été présentés par Trump comme une avancée majeure pour la paix régionale, contournant la question palestinienne que d’autres approches diplomatiques plaçaient au centre.

Un cadre élargi à l’Iran

Aujourd’hui, alors que la guerre à Gaza et les affrontements directs entre Israël et l’Iran ont fait craindre un embrasement généralisé, Donald Trump a proposé de réutiliser le modèle des Accords d’Abraham dans les négociations avec la République islamique. Dans plusieurs déclarations récentes, il a laissé entendre que le même type d’ententes, fondées sur la reconnaissance mutuelle et des garanties sécuritaires, pourrait être élargi à l’Iran. L’idée est d’isoler davantage les factions les plus hostiles, tout en offrant à Téhéran une perspective de réintégration diplomatique et économique en échange de concessions sur son programme nucléaire et son soutien aux groupes armés.

Un pari risqué dans un climat de défiance

Si l’héritage des Accords d’Abraham est célébré par Washington et Tel-Aviv comme une réussite, son application à l’Iran se heurte à de nombreux obstacles. Les positions entre l’Iran et les pays ayant déjà normalisé leurs relations avec Israël restent profondément antagonistes. De plus, les nouvelles dynamiques régionales – notamment la guerre à Gaza, les frappes iraniennes contre Israël et les représailles israéliennes – ont radicalisé les positions des deux camps. Certains analystes estiment que les Accords d’Abraham ont contribué à marginaliser la cause palestinienne, ce qui nourrit le ressentiment de l’axe iranien. D’autres y voient au contraire une base possible pour une architecture de sécurité régionale incluant tous les acteurs, à condition que des préalables stricts soient respectés.

Un processus controversé mais toujours en débat

Proposer les Accords d’Abraham comme modèle pour l’Iran revient à appliquer une méthode bilatérale à un dossier multilatéral complexe. La normalisation avec les Émirats ou le Maroc n’a pas exigé de concessions sur le nucléaire ou le désarmement, alors que ce sont précisément ces points qui bloquent toute discussion avec Téhéran. Néanmoins, la proposition de Trump relance un débat diplomatique : peut-on reproduire le schéma des Accords d’Abraham – reconnaissance diplomatique en échange de garanties sécuritaires et de coopération économique – avec le régime iranien ? La question reste ouverte et divise experts et responsables politiques.

Quelles suites ?

Aucun calendrier officiel n’a été annoncé. Les discussions exploratoires impliquent des médiations indirectes, mais les positions restent éloignées. L’Iran exige la levée totale des sanctions et la fin des frappes israéliennes. De leur côté, les États-Unis et Israël conditionnent tout accord à un arrêt vérifiable du programme nucléaire iranien et à la fin du soutien aux milices régionales. La proposition de relancer un processus inspiré des Accords d’Abraham est donc perçue par certains comme une tentative de sortir par le haut d’une escalade militaire qui n’a cessé de s’aggraver depuis le 7 octobre.