Un virage pro-européen

Le futur chef du gouvernement hongrois, Peter Magyar, entend accélérer le rapprochement avec l'Union européenne et a annoncé son intention de préparer le pays à l'adoption de l'euro d'ici 2030. Cette ambition, clé de voûte de son programme, vise à tirer un trait sur l'ère « illibérale » de son prédécesseur Viktor Orban et à renouer avec le courant dominant de l'UE. Magyar presse d'ailleurs Bruxelles de débloquer 17 milliards d'euros de fonds gelés en raison des dérives démocratiques constatées sous l'ancienne majorité ; 10 milliards de cette somme doivent être impérativement obtenus avant leur expiration en août prochain.

Un calendrier jugé trop serré

Si l'objectif politique est clair, le chemin est semé d'embûches. Le gouverneur de la banque centrale lui-même juge ce calendrier « trop ambitieux », tout comme plusieurs analystes. La Hongrie, héritière d'une économie atone, d'un déficit budgétaire élevé et d'une inflation persistante, doit satisfaire aux stricts critères de Maastricht (inflation, déficit, dette, taux d'intérêt et stabilité du change) avant de pouvoir rejoindre la zone euro. Or le pays est aujourd'hui très loin de ces objectifs.

Un défi budgétaire colossal

Pour réduire le déficit, le nouveau gouvernement devrait procéder à des coupes budgétaires drastiques. Sili Tian, analyste à l'Economist Intelligence Unit, estime cette tâche « impossible » à réaliser d'ici 2030, soulignant que Peter Magyar s'est déjà engagé à maintenir plusieurs des dépenses héritées de Viktor Orban tout en accélérant les investissements de défense pour satisfaire aux objectifs de l'OTAN. Tian anticipe d'ailleurs une adoption de l'euro au-delà de la prochaine décennie.

Une opinion publique favorable mais réaliste

Environ 75 % des Hongrois se disent favorables à l'adoption de l'euro, selon un sondage réalisé en 2025. Néanmoins, une proportion presque aussi élevée de citoyens estime que le pays n'est pas encore prêt à franchir le pas. Julia Kiraly, ancienne vice-gouverneure de la banque centrale, estime quant à elle qu'une entrée en 2030 est « ambitieuse mais pas impossible », à condition de remplir les critères de Maastricht.

Des bénéfices potentiels à ne pas négliger

Malgré les obstacles, la simple annonce d'une candidature officielle pourrait apporter des premiers bénéfices, selon les économistes. Une plus grande stabilité du forint, une baisse de l'inflation et des taux d'intérêt, ainsi qu'une réduction du coût de l'emprunt pour l'État et les entreprises, sont attendus. La supervision de la Banque centrale européenne permettrait en outre de stabiliser le secteur financier. L'enjeu est donc politique et économique de taille pour le nouveau pouvoir.