Depuis l’arrivée de ChatGPT sur le marché, les travailleurs des secteurs créatifs et des services au Royaume-Uni ressentent une pression croissante. L’essor de l’intelligence artificielle générative pousse les entreprises à réduire leurs coûts, mais fragilise des professions entières et provoque des reconversions forcées.
Des traducteurs confrontés à l’automatisation
Un traducteur basé à Londres, âgé de 24 ans, a raconté son expérience à un journal partenaire. Après son embauche dans une petite entreprise, il a été chargé de nourrir une base de données avec du contenu traduit permettant d’entraîner un modèle d’IA. « Je n’ai pas tout de suite compris ce que je faisais, puis j’ai réalisé que je formais ma remplaçante », a‑t‑il confié. Il a depuis été licencié et travaille aujourd’hui comme caissier dans un supermarché.
Ce cas n’est pas isolé. De nombreux traducteurs, illustrateurs et rédacteurs constatent que leurs missions se raréfient au profit d’outils automatisés. Un illustrateur de 40 ans, spécialisé dans les couvertures de livres pour enfants, a perdu la quasi‑totalité de ses clients en un an. « Les éditeurs ont commencé à utiliser des générateurs d’images pour les maquettes, puis ils ont gardé ces images pour la couverture finale », explique-t-il. Aujourd’hui, il peine à trouver de nouvelles commandes.
Jeunes diplômés et précarité
Les jeunes diplômés sont particulièrement touchés. Selon un rapport de l’Institute for Public Policy Research (IPPR) cité par une source d’information, environ 11 % des tâches réalisées par les travailleurs de 18 à 24 ans pourraient être automatisées, contre 3 % pour l’ensemble des autres tranches d’âge. Les postes dans les services client, l’administration et la création de contenu sont les plus exposés.
Un graphiste de 29 ans, employé dans une agence de communication, a vu son rôle se transformer. « On m’a demandé d’utiliser des générateurs d’images pour accélérer la production. Ensuite, l’agence a licencié deux personnes de mon équipe », témoigne-t-il. Il suit aujourd’hui un parcours de reconversion pour devenir développeur web, mais craint que ce secteur ne soit à son tour menacé.
Un phénomène qui s’accélère
Plusieurs études estiment que l’IA pourrait remplacer l’équivalent de plusieurs centaines de milliers d’emplois au Royaume-Uni dans les prochaines années. Les secteurs du droit, de la comptabilité et des services financiers commencent également à ressentir les effets. Des assistants juridiques rapportent que certaines tâches de révision documentaire sont désormais effectuées par des modèles de langage.
Le gouvernement britannique a lancé une consultation sur l’impact de l’IA sur l’emploi, mais aucune mesure concrète n’a encore été annoncée. Des syndicats réclament une taxation des entreprises utilisant l’IA pour remplacer des emplois, tandis que des organismes patronaux mettent en avant les gains de productivité possibles.
Des reconversions souvent subies
Face à ces mutations, de nombreux travailleurs n’ont d’autre choix que d’accepter des emplois moins qualifiés ou de se former à de nouveaux métiers. Une ancienne cheffe de projet marketing de 35 ans a suivi une formation accélérée en soins infirmiers après que son service a été réduit de moitié. « L’IA génère désormais les campagnes que je créais auparavant. Je n’avais pas le choix, il fallait changer de voie », raconte-t-elle.
Ces histoires dessinent un marché de l’emploi plus précaire, où l’automatisation progresse plus vite que les protections sociales. Les témoignages recueillis montrent un sentiment d’impuissance : beaucoup ont conscience de former des outils qui, à terme, les remplaceront, sans avoir les moyens de s’y opposer.