L’affaire, qui mêle drame judiciaire, collecte de fonds et accusations de détournement, prend une nouvelle tournure. La veuve de l’un des deux agents pénitentiaires tués lors de l’évasion de Mohammed Amra, en 2024, a annoncé son intention de porter plainte contre Jean Messiha, figure du parti Reconquête et proche d’Éric Zemmour. Ce dernier est accusé d’avoir personnellement encaissé les 42 000 euros récoltés via une cagnotte qu’il avait lui-même lancée en faveur des familles des victimes.

Une collecte aux contours trouble

Le 14 mai 2024, l’évasion spectaculaire de Mohammed Amra, surnommé « La Mouche », avait coûté la vie à deux agents pénitentiaires lors d’une attaque à un péage autoroutier dans l’Eure. Très vite, une onde de choc et d’émotion traverse le pays. Dans ce contexte, Jean Messiha ouvre une cagnotte en ligne destinée, selon ses termes, à soutenir les « veuves et orphelins » des agents tués. La collecte, largement relayée sur les réseaux sociaux et dans les médias, atteint rapidement 42 000 euros.

Mais deux ans après les faits, l’argent n’aurait jamais été remis aux familles. La veuve d’une des victimes, citée par la plateforme qui a recueilli la cagnotte, affirme n’avoir jamais reçu les fonds. Elle a donc décidé de porter plainte contre Jean Messiha. L’information, révélée par le journal Libération, précise que la femme de l’agent décédé dénonce un détournement pur et simple de la somme collectée.

La défense de Jean Messiha

Mis en cause, Jean Messiha nie toute malversation. Il explique que l’argent a bien été versé par la plateforme de collecte, mais qu’une erreur technique ou administrative serait à l’origine du non-transfert aux bénéficiaires. Il affirme que les fonds auraient été bloqués ou mal aiguillés par le prestataire, et qu’il n’a lui-même jamais touché la somme. « C’est une erreur de la plateforme, pas un détournement de ma part », a-t-il déclaré. Il se dit prêt à coopérer avec la justice pour clarifier la situation.

La plateforme en question, de son côté, n’a pas encore communiqué officiellement sur ce litige. Les conditions générales d’utilisation des cagnottes solidaires prévoient généralement que le créateur de la collecte est responsable de la redistribution des fonds. Si l’argent a bien été viré sur le compte de Jean Messiha avant d’être réparti, cela pourrait constituer une faute. Mais si la plateforme n’a jamais libéré les fonds, la responsabilité pourrait lui incomber.

Un précédent judiciaire pour l’entourage de Zemmour

Cette affaire intervient dans un climat politique déjà tendu pour l’extrême droite française. Jean Messiha, ancien haut fonctionnaire et figure médiatique, est un proche conseiller d’Éric Zemmour. Il avait déjà été impliqué dans plusieurs controverses liées à des collectes de fonds, mais sans suite judiciaire jusqu’à présent.

L’affaire des 42 000 euros pourrait toutefois raviver les critiques sur la gestion des cagnottes lancées par des personnalités politiques, souvent accusées d’opacité. En 2023, une autre collecte lancée par un proche de Zemmour pour soutenir un policier avait suscité des interrogations sur la destination finale des dons.

Des conséquences juridiques et politiques

Si la plainte est déposée, une enquête préliminaire pourrait être ouverte pour abus de confiance ou escroquerie. Les chefs d’accusation potentiels visent le fait d’avoir perçu des fonds destinés à des tiers sans les leur reverser. Jean Messiha risque, en cas de condamnation, une peine pouvant aller jusqu’à plusieurs années d’emprisonnement, ainsi qu’une amende.

Politiquement, l’affaire tombe mal pour Reconquête, qui tente de se positionner comme un parti de l’ordre et de la probité. La direction du parti n’a pas encore réagi officiellement. Éric Zemmour lui-même n’a pas commenté les accusations pesant sur son collaborateur.

En attendant, les familles des agents tués attendent toujours l’argent promis. La veuve qui va porter plainte espère que la justice fera la lumière sur ce « pillage » qu’elle dénonce, selon ses termes rapportés par Libération. L’autre famille, celle du second agent tué, n’a pas pris la parole publiquement.

Conclusion

L’affaire Messiha illustre les dérives possibles des collectes de fonds privés lancées dans l’urgence émotionnelle. Elle pose la question de la transparence et du contrôle des sommes récoltées, surtout lorsqu’elles sont destinées à des victimes de faits divers tragiques. La justice devra trancher entre la version de l’erreur technique et celle du détournement délibéré.