Une pratique ancestrale issue de la médecine traditionnelle sud-américaine, le kambo, connaît un regain de popularité dans les communautés occidentales adeptes du bien-être, mais plusieurs décès lui sont désormais attribués. La dernière victime recensée, un Britannique de 40 ans nommé Kristian Trend, coach en bien-être et survivant d'un cancer, est décédée en avril dernier après avoir participé à une cérémonie de purification impliquant cette substance, selon des informations rapportées par des médias locaux. Sa mère a publiquement appelé à l'interdiction de cette pratique.

Origines et mécanisme du rituel

Le kambo tire son nom des sécrétions cutanées de la grenouille géante (Phyllomedusa bicolor), un amphibien de l'Amazonie. Ces sécrétions, également désignées sous le terme de « sapo » (signifiant « crapaud » en espagnol), sont normalement utilisées par l'animal pour neutraliser ses prédateurs. La pratique rituelle consiste à recueillir et à sécher ces sécrétions, puis à les appliquer sur de petites brûlures superficielles pratiquées sur la peau du participant à l'aide d'une tige chauffée. Traditionnellement, le chaman qui dirige la cérémonie récite des hymnes pendant que le poison fait effet, et un seau est placé devant la personne en prévision des vomissements violents – une réaction quasi systématique. Les sécrétions sont ensuite retirées de la peau.

Les origines exactes du rituel demeurent floues, car la transmission des connaissances s'est faite oralement pendant des siècles. La plus ancienne mention écrite connue remonte à 1925, lorsque le missionnaire français Constant Tastevin a décrit son usage dans les zones frontalières entre le Pérou et le Brésil.

Une composition toxique aux effets multiples

Le poison de kambo contient un mélange complexe de peptides bioactifs, de courtes chaînes d'acides aminés. Certains de ces composés stimulent violemment le tube digestif, provoquant nausées et vomissements intenses, tandis que d'autres agissent directement sur le système cardiovasculaire, entraînant des chutes rapides de la pression artérielle et des évanouissements. Des peptides aux effets similaires à ceux des opioïdes peuvent aussi altérer les schémas respiratoires et affecter le système nerveux central. Dans les cas les plus graves, cette combinaison peut déclencher des troubles cardiaques soudains ou une toxicité organique sévère, potentiellement fatale.

Une autre source de danger réside dans les consignes données avant le rituel : il est souvent recommandé aux participants de boire de grandes quantités d'eau. Combinée aux vomissements importants et aux déplacements liquidiens, cette absorption excessive peut conduire à une hyponatrémie – un taux de sodium dangereusement bas dans le sang, parfois appelé intoxication par l'eau. Une hyponatrémie sévère peut provoquer un œdème cérébral, des convulsions, un coma et, dans les pires cas, la mort cérébrale. Le kambo provoque également des contractions violentes du tractus gastro-intestinal, pouvant aller jusqu'à la rupture de l'œsophage.

Des allégations non fondées scientifiquement

Le kambo est présenté dans les cercles occidentaux du bien-être comme une cure universelle pour divers maux physiques et mentaux, allant de l'anxiété à l'arthrite. Il est considéré comme un rituel de « nettoyage », censé détoxifier le corps, améliorer la fertilité et la virilité, voire apporter la bonne fortune. Selon des sites d'information santé américains, il serait également utilisé pour traiter des affections aussi variées que la dépendance, la maladie d'Alzheimer, le cancer, la douleur chronique, la dépression, le diabète, l'hépatite, le VIH et le sida, les infections, le rhumatisme ainsi que des maladies vasculaires. Cependant, les professionnels de santé affirment qu'aucune preuve scientifique ne valide l'efficacité du kambo pour ces pathologies. Les rapports de cas médicaux modernes établissent au contraire un lien entre cette pratique et des maladies graves, voire la mort.

Appels à la prudence et interdictions

Au cours des deux dernières décennies, le kambo a gagné en popularité dans plusieurs pays occidentaux et latino-américains, notamment au Brésil, en Australie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, où il a été adopté par des communautés de bien-être et de médecine alternative.

Cette diffusion massive inquiète les communautés autochtones. Joaquim Luz, un leader du peuple Yamanawa originaire de l'État brésilien d'Acre, en Amazonie, a critiqué la vente en ligne de kambo et a mis en garde contre son utilisation sans la préparation ni l'autorisation des communautés autochtones, une pratique qui expose les participants à des risques. Au Royaume-Uni, s'il est légal d'acheter du poison de grenouille pour le kambo, ce produit n'est pas considéré comme un médicament autorisé. Plusieurs pays ont déjà interdit cette pratique sur leur territoire.