L'accès des internautes iraniens à l'internet mondial a lentement repris ce mardi 26 mai, mettant un terme à une coupure record de 88 jours. Selon les données de NetBlocks, organisme de surveillance du trafic web, la connexion a commencé à revenir un peu après 15h30 heure locale, atteignant plus d'un tiers du niveau normal antérieur. La République islamique d'Iran a ainsi été totalement isolée du réseau mondial pendant 2 093 heures, soit la plus longue interruption jamais enregistrée pour un pays.

Un blackout imposé lors de la répression des manifestations Cette coupure massive avait été imposée en janvier, dans le contexte de manifestations brutalement réprimées par les forces de sécurité iraniennes. Le blackout a contribué à la perte de milliers d'emplois parmi les travailleurs iraniens, tout en servant de couverture aux services de sécurité pour mener une vaste répression de type guerre civile, selon des observateurs. La durée de cette interruption, la plus longue de l'histoire pour un pays, avait suscité de vives critiques de la part d'organisations de défense des droits numériques et de la communauté internationale.

Une reprise malgré une contestation judiciaire Le rétablissement de l'accès à internet intervient alors qu'un tribunal administratif a rendu une ordonnance provisoire remettant en cause l'autorité du « quartier général spécial pour la conduite du cyberespace du pays », l'organe chargé de superviser la fin de la coupure. Ce dernier avait été créé une semaine plus tôt par le président Masoud Pezeshkian. L'ordonnance du tribunal n'a cependant pas empêché la mise en œuvre de la décision de rétablir la connectivité.

Les premiers signes de rétablissement Les responsables iraniens ont indiqué que le retour de Gmail à l'intérieur du pays constituait le premier signe tangible que le changement, longtemps attendu et annoncé, était en cours de réalisation. Cette reprise graduelle devrait permettre à des millions d'Iraniens de retrouver l'accès aux messageries, aux réseaux sociaux et aux services en ligne essentiels pour leur vie professionnelle et quotidienne.

Un impact économique et social majeur Pendant ces 88 jours, l'économie numérique iranienne a été gravement affectée. De nombreuses entreprises dépendant d'une connexion internationale, notamment dans les secteurs du commerce électronique, des services informatiques et des plateformes de travail à distance, ont vu leur activité fortement ralentie, voire interrompue. La perte d'emplois évoquée par les observateurs touche particulièrement les jeunes travailleurs et les travailleurs indépendants qui utilisaient internet pour générer des revenus.

Les implications politiques La décision de rétablir l'accès à internet intervient dans un contexte politique intérieur complexe. Le président Pezeshkian, qui avait annoncé la création du quartier général spécial pour le cyberespace, semble avoir voulu répondre aux demandes croissantes de la population et aux critiques internationales. L'ordonnance du tribunal administratif, qui conteste la légitimité de cet organe, ajoute une incertitude juridique supplémentaire. Toutefois, le rétablissement effectif de la connexion suggère que les autorités ont choisi de passer outre cette opposition judiciaire pour l'instant.

Un précédent historique Ce blackout de 88 jours dépasse largement les précédentes interruptions massives d'internet observées dans d'autres pays. La durée exceptionnelle de cette coupure a été rendue possible par le niveau de contrôle que l'État iranien exerce sur les infrastructures de télécommunications. NetBlocks, qui suit en temps réel l'accès à internet dans le monde, a confirmé qu'il s'agit du plus long isolement numérique jamais enregistré pour un pays.

Des perspectives incertaines Bien que la connexion ait commencé à revenir, il est encore trop tôt pour savoir si le rétablissement sera complet et durable. Les autorités iraniennes n'ont pas annoncé de calendrier précis pour un retour à la normale. La surveillance des internautes et les filtrages pourraient se poursuivre, voire s'intensifier, comme cela a été le cas lors de précédentes périodes de restrictions. Les observateurs restent donc prudents quant à la pérennité de cette reprise.