L’Assemblée nationale a validé en première lecture, le 27 mai 2025, une proposition de loi portée par le député LR Vincent Thiébaut qui assouplit les mesures de protection du loup. Le texte, adopté par 78 voix contre 32, modifie les conditions dans lesquelles les éleveurs peuvent procéder à des tirs de défense contre les attaques de canidés sur leurs troupeaux.
Le vote a eu lieu en séance publique après un débat qui a mis en lumière les tensions entre défenseurs de la biodiversité et professionnels de l’élevage. Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Agriculture, a apporté son soutien au texte, jugeant nécessaire de « rééquilibrer la cohabitation entre le loup et les activités humaines ». Des élus écologistes et des associations de protection de la nature ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un affaiblissement du statut de protection de l’espèce, pourtant classée « strictement protégée » par la Convention de Berne et la directive européenne Habitats.
Le texte adopté prévoit notamment de supprimer l’obligation pour un éleveur de disposer d’une autorisation individuelle préalable pour effectuer un tir de défense en cas d’attaque imminente. Il élargit également la liste des personnes habilitées à tirer, au-delà des seuls lieutenants de louveterie, aux agents de l’Office français de la biodiversité et, sous certaines conditions, aux éleveurs eux-mêmes après une formation. Par ailleurs, la notion de « dommages importants » – seuil déclenchant les tirs létaux – est redéfinie de manière plus large : elle inclut désormais la simple menace d’attaque sur un troupeau protégé par des moyens de défense (chiens, clôtures, parcs de nuit).
Un contexte de prédation croissante
Le loup, présent en France depuis son retour naturel dans les Alpes dans les années 1990, a vu sa population augmenter régulièrement. Selon les données officielles, environ 1 100 individus sont recensés sur le territoire en 2025, répartis dans une quarantaine de départements. Les attaques sur les troupeaux ovins, bovins et caprins sont en hausse, avec plus de 12 000 animaux tués ou blessés chaque année. Les éleveurs, notamment dans les massifs alpin et jurassien, réclament depuis plusieurs années une plus grande flexibilité pour se défendre.
Le gouvernement avait déjà engagé en 2024 une révision du plan national d’action sur le loup, mais la proposition de loi Thiébaut accélère le mouvement. Le texte prévoit aussi la création d’une « zone de protection renforcée » dans les secteurs où la prédation est la plus forte, où les tirs de défense pourront être pratiqués sans délai d’attente.
Des oppositions et des réserves
Les associations de protection de la nature, comme France Nature Environnement et l’Association pour la protection des animaux sauvages, ont immédiatement réagi en annonçant qu’elles allaient saisir le Conseil d’État pour contester plusieurs dispositions, estimant qu’elles violent le droit européen. La députée écologiste Lisa Belluco a déclaré que ce texte « ouvre la voie à une éradication déguisée du loup en France ». De son côté, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) a salué « une avancée nécessaire pour la survie de l’élevage en zones de montagne ».
Le texte doit désormais passer au Sénat, où il pourrait être modifié. Le gouvernement a indiqué qu’il souhaitait une adoption définitive avant l’été. Parallèlement, la Commission européenne examine une demande de la France visant à faire passer le loup de la catégorie « strictement protégée » à « protégée » dans la convention de Berne, ce qui permettrait des tirs plus systématiques. Une décision est attendue pour la fin de l’année.
Les prochaines étapes
L’examen au Sénat est prévu pour la mi-juin. Plusieurs sénateurs de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable ont déjà annoncé des amendements pour renforcer les garde-fous environnementaux. Une mission d’information parlementaire sur la cohabitation entre le loup et l’élevage, lancée en février, doit rendre ses conclusions en juillet. Le débat reste vif entre les tenants d’une protection absolue de l’espèce et ceux qui estiment que sa population est désormais suffisamment importante pour autoriser une gestion plus souple.