La Chine a bloqué des livraisons d'avions du constructeur européen Airbus pour faire pression sur l'Europe afin qu'elle accélère la certification et l'achat d'appareils produits par le constructeur chinois Comac, selon des informations concordantes.

Des livraisons suspendues sans explication officielle

Plusieurs livraisons d'Airbus à destination de clients chinois sont bloquées depuis plusieurs semaines, sans que le groupe européen ni les autorités chinoises n'aient fourni d'explication officielle. Les appareils concernés seraient stationnés sur le tarmac de l'aéroport de Tianjin, où Airbus assemble une partie de ses monocouloirs pour le marché chinois. Selon des sources proches des négociations, Pékin utiliserait ce blocage comme levier pour obtenir des avancées sur la certification européenne du C919, le premier avion de ligne moyen-courrier de Comac, ainsi que des commandes de la part de compagnies européennes.

Un enjeu industriel et diplomatique

Le C919, qui a effectué son premier vol commercial en 2023, n'a pas encore reçu la certification de l'Agence de la sécurité aérienne de l'Union européenne (AESA), indispensable pour pouvoir voler sur les lignes intra-européennes. La Chine cherche également à placer l'appareil auprès de transporteurs européens, jusqu'ici réticents en raison des doutes sur la fiabilité et le réseau de maintenance de l'avion.

Parallèlement, Airbus assemble à Tianjin une partie de sa famille A320, dont une cinquantaine d'exemplaires par an destinés principalement au marché chinois. Le groupe européen dépend donc fortement des autorisations douanières et de livraison délivrées par Pékin. Toute suspension de ces autorisations représente un levier économique direct.

Des précédents similaires

Cette manoeuvre n'est pas inédite. En 2023, la Chine avait déjà freiné des livraisons d'Airbus pour peser sur des discussions commerciales avec l'Union européenne, notamment sur les surtaxes aux importations de véhicules électriques chinois. Les négociations avaient alors abouti à un déblocage après plusieurs semaines de tension.

Cette fois, le contexte est doublement sensible : Bruxelles mène une enquête sur les subventions accordées par Pékin à ses industries high-tech, et plusieurs États membres poussent à une réduction de la dépendance vis-à-vis de la Chine dans les secteurs stratégiques.

Réactions en Europe

Airbus s'est refusé à tout commentaire officiel, renvoyant aux discussions en cours entre les gouvernements chinois et européen. De sources diplomatiques, la Commission européenne aurait haussé le ton lors de récents échanges avec Pékin, jugeant le lien entre certification aérienne et livraisons d'Airbus inacceptable.

Plusieurs capitales européennes, dont Paris et Berlin, suivent le dossier de près. La France, où se trouve le siège d'Airbus, dispose d'une relation commerciale ancienne avec la Chine dans l'aéronautique, mais aussi d'une influence sur le processus de certification de l'AESA.

Quelles conséquences pour le transport aérien ?

À court terme, le blocage des livraisons pourrait affecter les plans de croissance des compagnies aériennes chinoises, qui comptaient sur ces appareils pour renforcer leurs flottes avant la haute saison estivale. À moyen terme, il fragilise la relation entre Airbus et son deuxième marché mondial, derrière les États-Unis.

Pour Comac, l'enjeu est existentiel : sans certification européenne et sans clients occidentaux, le C919 restera confiné au marché chinois, incapable de concurrencer réellement les duopoles Airbus-Boeing. Le blocage des livraisons d'Airbus vise précisément à forcer une brèche dans ce verrou.

Un climat de tensions commerciales élargies

Cette affaire s'inscrit dans un contexte de multiplication des contentieux commerciaux entre Pékin et Bruxelles. Outre l'enquête sur les subventions, l'Union européenne a imposé des droits de douane provisoires sur les véhicules électriques chinois, provoquant des représailles de Pékin sur des produits européens comme le cognac ou le porc. L'aéronautique devient ainsi un champ de bataille supplémentaire dans ce bras de fer.

La suite des événements dépendra de la capacité des deux parties à trouver un compromis sur la certification du C919 et sur des commandes symboliques de compagnies européennes, sans que ni l'une ni l'autre ne perde la face dans un dossier aux forts enjeux industriels et politiques.