Un nouvel épisode de la guerre séculaire entre l’humanité et les moustiques vient de s’écrire à Changzhou, en Chine. La société Photon Matrix Lab y a annoncé la mise au point d’un « système de défense aérienne » destiné à identifier et à détruire ces insectes en plein vol. Une vidéo diffusée sur la plateforme de financement participatif Indiegogo montre le dispositif en action : après avoir détecté un moustique, l’appareil émet ce qui ressemble à un éclair bleu-violet. L’insecte touché ne tombe pas simplement : il effectue une pirouette avant de disparaître du cadre, offrant un spectacle jugé satisfaisant par les concepteurs.

Une idée américaine des années 2000

Pourtant, le principe du laser tue-moustiques n’est pas né en Chine. Il est aussi américain que la Ford T ou le revolver Colt. C’est Lowell Wood, astrophysicien et architecte du programme de défense antimissile « Guerre des étoiles » de Ronald Reagan, qui l’a proposé en 2006. Wood avait été invité à une session de réflexion organisée par Nathan Myhrvold, un inventeur polyvalte. Ancien directeur technique de Microsoft, Myhrvold avait fondé sa propre société, Intellectual Ventures, et restait proche de Bill Gates. Ce dernier, sensibilisé aux ravages du paludisme, avait demandé à Myhrvold d’explorer des technologies capables d’endiguer la maladie.

Myhrvold, aujourd’hui âgé de 66 ans et toujours PDG d’Intellectual Ventures, s’est dit immédiatement attiré par l’idée de Wood. Il a estimé que le laser pouvait être utilisé en toute sécurité parce que les moustiques sont minuscules. « Il y a peut-être 450 000 ou 500 000 moustiques dans une livre – quoi qu’il en soit, cela fait un sacré paquet de moustiques », a-t-il déclaré, évoquant leur faible biomasse. En réalité, une livre contient environ 180 000 moustiques. Abattre un seul insecte ne nécessite pas une grande quantité d’énergie lumineuse, ce qui permet au laser de fonctionner à proximité des humains et des animaux domestiques.

Un prototype présenté en 2010

L’équipe d’Intellectual Ventures a construit un prototype de « tourelle laser » que Myhrvold a présenté sur scène lors d’une conférence TED en 2010. Il pensait alors que les parcs d’attractions Disney, les complexes hôteliers de luxe et les stades sportifs pourraient être séduits et acheter ces tourelles pour leurs propriétés. Selon lui, si un premier client important fournissait suffisamment de revenus pour poursuivre le développement, la technologie pourrait devenir abordable pour les hôpitaux et les cliniques des pays en développement. L’équipe a également envisagé d’adapter le laser à la destruction des criquets, afin de cibler le marché agricole.

Un nouvel acteur chinois

Aujourd’hui, c’est une entreprise chinoise qui ravive cette technologie. La vidéo de Photon Matrix Lab sur Indiegogo suggère que le système pourrait être commercialisé auprès du grand public, peut-être comme un gadget de luxe ou un outil de lutte contre les nuisibles. Myhrvold lui-même avait évoqué ce créneau en plaisantant : « Au minimum, cela pourrait être un sujet de conversation amusant pour un barbecue du 4 juillet. »

La concurrence entre les États-Unis et la Chine dans ce domaine n’est pas anodine. Les moustiques sont les animaux les plus dangereux de la planète. Les maladies qu’ils transmettent (paludisme, dengue, chikungunya) tuent chaque année plus de personnes que les serpents, les crocodiles, les requins, les scorpions, les ours polaires et tous les meurtriers réunis. Cette menace est connue depuis l’Antiquité : dans le Livre de l’Exode, la troisième plaie envoyée par Dieu contre l’Égypte est décrite comme des « kinnim », un mot hébreu que la Bible du roi Jacques traduit par « poux », mais que certaines premières traductions grecques interprètent comme des moustiques.

Un enjeu de santé publique

Si le laser de Photon Matrix Lab tient ses promesses, il pourrait offrir un nouveau moyen de protéger les populations exposées. Toutefois, la technologie n’en est encore qu’au stade du financement participatif et aucun test indépendant n’a été rendu public. De son côté, Intellectual Ventures n’a pas annoncé de commercialisation de son prototype. La course au laser anti-moustiques semble donc ouverte, avec des enjeux à la fois sanitaires, économiques et stratégiques.